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"La visée de la méthode : attacher les choses ensemble, rassembler ce qui a été séparé. Chez l'homme, ce qui doit être attaché sur le plan psychologique, c'est l' conscient et l'inconscient. L'analyse les assemble - et cela s'appelle l'intégration."

C.G. Jung, L'analyse des rêves, notes du séminaire de 1928-1930, tome 1, trad. J.P. Cahen, Paris, Albin Michel, 2005, p. 146.

Premieres annees

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Jung est né le 26 Juillet 1875 à Kesswill en Suisse. Il est décédé le 6 Juin 1961 à Küsnacht en Suisse. Quatre-vingt-six ans d'une vie très riche entre sa famille, ses cinq enfants, son travail de psychiatre, puis d'analyste et son enseignement : publications, cours, séminaires, conférences. En outre, Jung a eu de nombreuses responsabilités dans les sociétés de psychothérapie et une très grande correspondance ; il a fait également beaucoup de longs voyages...
Nous lui devons un grand nombre d'ouvrages dont la totalité n'a pas été traduite en français. Il écrivait en anglais et en allemand.
Jung naît à la campagne et il y vit de sa naissance jusqu'à l'âge du collège. Son père est pasteur de l’Église Réformée. Sa mère est issue d'une bonne famille de Bâle.
Il fait ses études de médecine de 1895 à 1900 à Bâle. Il est l'assistant d'Eugène Bleuler à l'hôpital psychiatrique de Zurich. Il se forme six mois avec Janet à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris. Chef de clinique, enseignant, il publie tout d’abord "Psychologie de la démence précoce" et travaille sur les tests d'association. Cela lui permet de poser l'hypothèse de l'inconscient sur des bases objectives et expérimentales.
Grâce à "La méthode des associations" (1902-1906), Jung met en évidence l'existence de groupes de représentations à charge émotionnelle qu'il a appelé "Complexe à tonalité affective" introduisant pour la première fois ce terme dans la psychanalyse (1907).

La rencontre avec Freud

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Jung se lie avec Freud en 1907. C'est une nouvelle étape de sa vie. Leur première rencontre dure sept heures d'affilée. En 1909, Jung commence à travailler en privé et s'oriente franchement vers « une illustration et défense de la psychanalyse ». Il défend et promeut les thèses freudiennes tout en marquant les limites de son adhésion, en déployant des points de vue originaux.
Son point de départ est en effet différent de celui de Freud. Il a une formation philosophique et il travaille sur les psychoses ; c’est un introverti, la personnalité de Freud semblant plutôt extravertie. Cette période de sa vie, en particulier dans ce travail en collaboration avec Freud, est très riche en voyages, conférences, congrès, et correspondances.
L’année 1908 est marquée par le 1er Congrès International de Psychanalyse à Salzbourg. 1909 est le moment d’un voyage avec Ferenczi et Freud aux U.S.A. pour une tournée de conférences. Entre 1909 et 1913, Jung est rédacteur en chef du « Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschunge » fondé par Freud et Bleuler. En 1910 a lieu le 2ème Congrès International de Psychanalyse à Nuremberg. II est nommé 1er Président de l'Association Psychanalytique Internationale. 1911 : 3ème Congrès International de Psychanalyse à Weimar. 1912 : Conférence à New-York sur la théorie psychanalytique.

La rupture avec Freud

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1912 est aussi l'année de la publication des "Métamorphoses et Symboles de la libido" qui lui coûtera, comme il l'exprime dans "Ma Vie", "l'amitié de Freud" et consommera la rupture entre les deux hommes. Cette rupture est déjà en germe dès leur première rencontre / discussion si longue et passionnelle. Jung n'accepte pas entièrement la position de Freud sur la théorie sexuelle. Il ne nie pas l'aspect central de la sexualité et son aspect primordial mais il exprime son désaccord à propos de l'inceste et du sacrifice
Jung est un empiriste et son approche des faits est différente de celle de Freud. En outre, entre eux, se jouent des problématiques plus ou moins conscientes liées à la place du père dans la vie de Freud et dans celle de Jung. Je vous invite à lire, en ce qui concerne Freud, le livre bien documenté de Marie Balmary : "L'homme aux statues, Freud et la faute cachée du père" (Edition Grasset 1979). La question de l’homosexualité de leur amitié n’est pas analysée par eux-mêmes. Freud refuse d’entendre un Jung victime d’abus sexuel dans son enfance et bloque ainsi, par son contre-transfert, un dégagement de Jung qui reste méfiant de ce fait par rapport à la théorie sexuelle de Freud.
En ce qui concerne Jung, je crois que le différend avec Freud est parfaitement représenté dans son « rêve initial » qu'il raconte avoir fait à l’âge de 3 ou 4 ans. Ce rêve du trou et du phallus va initier l'enfant à la dimension numineuse et sacrée de la sexualité, à sa dimension de créativité et d'esprit. C'est essentiellement ce qu'il reproche à Freud, à savoir de ne pas être conscient de cet aspect et, de ce fait, de se faire posséder par elle, de faire de la sexualité une religion, un dogme dans sa théorie. Pour Jung, la sexualité prend son origine, sa source, au-delà du Moi, dans une dimension instinctive et spirituelle. Freud soupçonne Jung d'ésotérisme et Jung juge Freud trop rationaliste.
Néanmoins, cette amitié et cette collaboration de plusieurs années entre les deux hommes apportent un puissant élan à la recherche psychanalytique et à son internationalisation. Cette première rupture (et cette première scission) toujours non reconnue par le mouvement freudien, a amené une fragilisation du mouvement psychanalytique et une division en groupes s'excommuniant les uns les autres. Leurs séquelles créent encore bien des souffrances.

Les voyages, le déploiement de l'œuvre scientifique

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Chacun des concepts empiriques de Jung, je souligne « empiriques », est une expérience personnelle, une expérience clinique, une mise en image.
Dès la fin de la guerre, une nouvelle période se dégage pour Jung. Le passage des frontières est rouvert : les élèves, les amis, les analysants du monde entier reprennent contact et se remettent à travailler avec Jung qui ré-ouvre ses séminaires, fait de nouvelles conférences, écrit et voyage.
A 45 ans, en 1920, il fait un voyage en Algérie et Tunisie, afin de saisir, d'un point de vue extra-européen, "l'homme européen" ; car il a le souci d'établir une psychologie et non une psychopathologie. En 1924-1925, il va chez les Indiens Pueblos au Nouveau Mexique, puis en 1925-1926, en Ouganda, au Kenya et au bord du Nil. Il y recherche une vision plus large de l'humain… et de l'humain en lien avec la nature.
Sa production littéraire et scientifique alterne avec les voyages. Il publie en 1920 "Les types psychologiques", thèse qui s'efforce de présenter la structure de la conscience et son lien avec l'inconscient. Les notions d'intraverti, d'extraverti, de fonctions pensée, sentiment, intuition, sensation, de fonctions secondaires et inférieures sont bien illustrées dans ce gros ouvrage qui est aussi une tentative d'expliquer le conflit entre les personnes (Freud - Jung par exemple) en fonction de la position dominante et inférieure de telle ou telle fonction psychique.
Il publie en 1928 "Dialectique du Moi et de l'Inconscient" dans lequel il montre concrètement son approche analytique. Il publie aussi sur l'énergétique psychique à cette époque et ajoute en 1929 le commentaire sur "Le mystère de la fleur d'or" où il aborde l'individuation et le Soi sous un jour nouveau en y incluant l'aspect civilisationnel et universel de ces concepts.
Dès 1930, Jung est reconnu à nouveau internationalement. Il est élu vice-président de la Société Médicale Générale pour la Psychologie (M. Kreschmer en est le Président). En 1932, la ville de Zürich lui remet son prix littéraire. En 1933, Jung fonde un séminaire à l'Ecole Polytechnique Universitaire de Zürich, puis la conférence d'Eranos qui, tous les ans, verra se rassembler, venant du monde entier, des scientifiques, les amis de Jung, pour des conférences, exposés, débats et travaux de recherche.
En 1934, il est élu Président de la Société Médicale Générale Internationale pour la Psychothérapie. Puis il devient rédacteur en chef du « Zentrablatt fur Psychothérapie und Ihre Grenzgebiete ». En 1935, il est nommé professeur à l'école Polytechnique de-Zurich. En 1936, il fera une publication importante et passée trop inaperçue « Wotan » qui décrit les soubassements psychiques psychotiques de la montée du national-socialisme. En 1938, il voyage en Inde sur l’invitation du gouvernement britannique.
Pendant cette période, il déploie une grande activité afin de fonder les bases d'une société internationale de psychothérapie qui permettrait aux analystes d'origine allemande d'échapper à l'alignement et l'embrigadement idéologique du national-socialisme, en adhérant individuellement à cette société internationale. Cela lui a valu beaucoup de déboires et de critiques, et de jalousie aussi. Ses maladresses et peut être une mauvaise appréciation de ses possibilités, de son ombre et de celle de ses collègues furent exploitées alors et plus tard dans des campagnes d'accusation d’antisémitisme.

La deuxième guerre mondiale

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En 1940, ses œuvres sont mises, avec celles de Freud, sur la "liste Otto". Pendant la seconde guerre mondiale, les frontières étant fermées à nouveau, il eut davantage de temps pour écrire et travailla à ses recherches, en particulier sur l'alchimie. Il publia coup sur coup plusieurs ouvrages importants. En 1940, "Psychologie et Religion", où il essaie de démarquer ce qui est de l'ordre du psychique et ce qui est de l'ordre du spirituel. En 1941, "Introduction à l'essence de la mythologie" en collaboration avec Kerenyi. Ce n'est qu'en 1944 qu'il publie "Psychologie et Alchimie" où il essaye de montrer que le principe d'individuation est un processus universel dont on peut repérer la trame dans l’histoire de la pensée humaine.
II est à cette époque très malade (cardiopathie) et risque de mourir. C'est à travers et grâce à cette maladie que JUNG peut faire des expériences intérieures qui préparent ses œuvres suivantes : c'est en particulier autour de 70 ans qu'il peut ainsi vivre la conjonction des opposés à laquelle il avait été douloureusement introduit au début de son adolescence. « Le bien et le mal peuvent-ils être réunis en Dieu ? Quelle est la nature du mal ? » C'est avec ces questions, pour lesquelles son père ne lui avait été autrefois d'aucun secours, qu’il tente de s’expliquer. Après sa maladie, il diminue son activité clinique et le nombre des visites de ses amis et collaborateurs pour davantage se consacrer à l’écriture.

Les œuvres tardives

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On lui doit alors successivement plusieurs ouvrages. En 1946 (il a alors 71 ans), "Psychologie du transfert" dans lequel il montre le processus d'individuation à l’œuvre dans le transfert et la nature archétypique des représentations qui se jouent en son sein. La même année, il publie "Psychologie et Education». En 1948, il publie "Symbolisme de l'Esprit", œuvre capitale et en 1950 "Les formations de l'inconscient". En 1951 "Aion". En 1952, il publie une recherche sur la synchronicité et il révise "Les métamorphoses de l'âme et ses symboles." puis, "Réponse à Job", qui traite du mystère de la souffrance et de la relation à la divinité. En 1954, il publie "Racines de la conscience". En1955-1956, "Mystérium conjonctionis". En 1957, "Présent et Avenir". En 1958, "Un mythe moderne ».
II mourra dix jours après avoir terminé "Essai d'exploration de l'inconscient" que vous trouverez dans le livre "L'homme et ses symboles" écrit en collaboration avec d'autres auteurs, Aliéna Jaffe, Marie-Louise von Franz, Yolande Jacobi et Joseph L. Henderson. C’est probablement l’un des livres les plus abordables pour commencer à lire Jung.
Il avait eu le temps aussi d'écrire et de dicter "Ma vie" à Aliéna Jaffe.


Henri de Vathaire