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« Mais de même que l’individu n’est pas seulement un être particulier et isolé, mais aussi un être social, de même l’esprit humain n’est pas seulement un phénomène isolé et individuel, mais aussi un phénomène collectif ».

Le Moi et l'inconscient. Trad. de l'allemand (Suisse) par Arthur Adamov. Collection Psychologie, Gallimard, 1938. p51.

Liliana Pazienza : Jung et le mandala

Liliana Pazienza : Jung et le mandala

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Une conférence  

La directrice du programme de MBA à l’Institut français de la mode (IFM) a eu en ce printemps 2018 l’idée de proposer aux étudiants de dernière année, dans le cadre de leur séminaire de fin d’études, une réflexion autour d’un grand couturier, en utilisant le mandala comme source d’inspiration et comme support d’une pensée créative.
Ainsi, les étudiants furent invités à réfléchir « autour de », à tenir compte de tout un tas d’aspects essentiels à leur thème central et à étaler ces aspects de manière circulaire et concentrique, avec l’idée d’aboutir à une synthèse qui comprendrait tous les éléments, mêmes ceux qui pouvaient se contredire. Au lieu d’une pensée linéaire en termes de progression à travers différents stades, ou des priorités, ils devaient favoriser une approche plus complexe où les contraintes devenaient des opposés qu’il allait falloir tenir dans une réflexion finale complexe et inclusive et non pas une conclusion tenant compte juste de l’essentiel et excluant tout ce qui se présentait comme obstacle conduisant à l’impasse.
Pour cela, fut organisée une conférence sur le thème « Jung et le Mandala », que voici :

MANDALAS

Un mandala est un diagramme symbolique utilisé dans certains rites sacrés en tant qu’instrument de méditation. Le mot mandala signifie « cercle » ou « objet discoïde » en Sanskrit et désigne ces représentations complexes - connues principalement comme provenant d’Inde et l’Himalaya - de l’univers, d’un cosmos ou ordre métaphysique, ou d’un processus méditatif conduisant à un état d’éveil spirituel. Bouddhistes et Hindouistes, entre autres, les utilisent en tant qu’aide à la focalisation, l’alignement, le centrage, et la médiation.

De formes vaguement circulaires aux géométries répétitives, les mandalas consistent en une enveloppe ou enceinte circulaire autour d’un ou plusieurs cercles concentriques et comprennent souvent un carré ou quatre « portails » à l’intérieur des encerclements externes.

Ces formes sont perçues par les sociétés qui ont davantage formalisé leur utilisation (Inde, Tibet, Chine et Japon) comme une représentation schématique dont la notion sousjacente a à voir à la fois avec la stabilité et le mouvement, notamment à propos d’un arrangement géométrique stable et symétrique, et un processus dynamique de mouvement vers le centre. Le mandala est également perçu comme analogue à diverses structures observées dans la nature, que ce soit à l’échelle macrocosmique ou microcosmique, et à de nombreux processus naturels tels que la divergence et la convergence, la désintégration et l’intégration, l’acheminement de l’obscurité vers la lumière, la dynamique masculin-féminin (Yang et Yin), le mouvement qui mène du grand nombre vers le un et vice-versa, etc.

En réalité les mandalas sont universels et ce, depuis la nuit des temps. Des mandalas ritualistes de cultures spécifiques montrent un style et une variété d’éléments d’une signification spécifique à la culture au sein de laquelle ils sont produits, et par conséquent, il existe autant types de mandalas que de sociétés ou civilisations dans l’histoire de l’humanité.

En effet, on trouve des mandalas partout : des temples antiques aux cathédrales et églises modernes, des maisons structurées symétriquement aux villes et cités construites autour d’un centre, dans des motifs sculptés, dessinées, tissés, etc. Dans la nature, le motif du mandala est repérable dans les fleurs, les flocons de neige, de l’astronomie à la biologie en passant par la physique et la chimie de l’infiniment petit, etc.

JUNG

Au début du 20ème siècle, C G Jung reconnait le mandala en tant que représentation universelle d’une tendance à l’introspection permettant un cheminement de quête intérieure. Dans ses écrits, il introduit la pratique de dessiner des mandalas comme outil thérapeutique au sein d’un travail analytique d’exploration de l’inconscient.

Jung remarqua que des structures mandaliques émergeaient spontanément dans les rêves et dessins - les siens et ceux de ses patients - ce qui lui permit de conclure qu’ils révélaient l’état intérieur de la personne qui les dessinait. Il les envisagea comme symboles du processus psychique perpétuel, la tendance naturelle qui vise à rendre conscients des éléments inconscients de la personnalité.

Il rétorqua à ses critiques qu’il ne s’agissait pas de simplement inviter la philosophie hindou ou chinoise dans la psychologie occidentale. Pour lui, puisque les pratiques spirituelles orientales étaient de nature plus introspective, le motif universel de la psyché sous forme de mandala se manifestait plus explicitement chez eux. Un mandala est un :
« matériau que toutes les attitudes introspectives mettent en lumière partout et depuis toujours » (Jung, CW, Vol 8, paragraphe 436).

Une note biographique

Dans « Ma Vie », Jung se rappelle la crise profonde dans laquelle il plongea à la suite de sa rupture avec Freud en 1913 (Ma vie, p 313-316). Dans cette traversée sombre dans laquelle il subit de plein fouet les assauts d’affects forts issus des couches profondes de son psychisme, il fut capable de rester partiellement observateur en notant et illustrant scrupuleusement ses rêves et fantasmes dans ses cahier noirs (qui allaient servir de base pour son Liber Novus). Cette pratique, qu’il allait compléter par l’exercice d’une participation active et des dialogues avec les figures de son inconscient, et qu’il allait nommer « imagination active », le préserva d’un effondrement complet. Ainsi, cette expérience put se transformer en une confrontation avec l’inconscient, qui allait lui servir de base et d’inspiration pour toute sa réflexion et théorisation sur la psyché.

Vers la fin de la seconde guerre mondiale en 1919, il commença à se sentir mieux, ce qu’il attribua au fait d’être enfin en mesure de comprendre certains de ses dessins, des figures circulaires et symétriques, structurées par quatre pôles et convergeant vers un centre.

Il se rappela avoir peint son premier mandala en 1916 juste après avoir terminé un de ses textes les plus mystiques (« Sept sermons aux morts ») et peu à peu il réalisa que ces dessins évoluaient en fonction de son état interne :

"Mes mandalas étaient des cryptogrammes sur l’état de mon Soi qui m’étaient livrés journellement. Je voyais comment mon Soi, c’est-à-dire, la totalité de moi-même était à l’œuvre. Il est vrai qu’au début je ne pouvais comprendre cela qu’intuitivement [...] J’avais le clair pressentiment de quelque chose de central et, avec le temps, j’acquérais une représentation vivante du Soi. Il m’apparaissait comme la monade que je suis et qui est mon monde. Le mandala représente cette monade et correspond à la nature microcosmique de l’âme". (Ma Vie, p 314)

Cette intuition à propos des mandalas en tant que symboles de la psyché et de sa dynamique lui fut confirmée, raconte-il, quand quelque temps plus tard, inspiré par un rêve, il dessina un mandala avec un château doré, dessin qu’il trouva « d’allure chinoise ». Peu de temps après il fut contacté par Richard Wilhelm qui le sollicitait pour écrire le commentaire d’un texte classique du taoïsme chinois qui venait d’être traduit et qui traitait de la pratique de la méditation « neidan » ou alchimie intérieure taoïste. Très intéressé, Jung fut frappé par cette étrange coïncidence à laquelle s’ajoutait le fait que cela parlait d’un château jaune (qu’il avait dessiné !) en tant que germe du corps immortel, et surtout il ressentit un grand soulagement en lisant ce texte qui confirmait ses idées sur le mandala et « la circumambulation autour du centre » (Ma Vie, p 316)

Émerge ainsi chez Jung la notion d’un centre en tant que finalité du cheminement intérieur réalisé grâce à une introspection poussée, notion inspirée par ses peintures et recherches sur les mandalas et qui allait devenir une des voûtes du système qu’il allait développer.

L’archétype de la totalité : le soi et l’individuation

"Ce n’est que lorsque je commençais à peindre des mandalas que je vis que tous les chemins que j’avais empruntés, et chaque pas que j’avais accompli convergeaient vers un point unique, celui du milieu. Je compris plus clairement que le mandala exprime le centre. Il représente tous les cheminements. Il est le chemin vers le centre, vers l’individuation". (Ma Vie, p 315)

Jung développa à partir de ce constat, l’idée d’un cheminement vers la totalité centrale ; un processus intérieur de reconstitution à partir de morceaux psychiques décollés, fragmentés et/ou dissociés. Ce mouvement d’un état de discontinuité psychique vers un état d’unité, accompli grâce à la tâche ardue de rendre conscients des contenus inconscients, il le désigna du nom d’individuation.

Et le centre de ce processus, le principe directeur et organisateur de l’individuation, à la fois point de départ et finalité et qu’il nomma le soi, devint le thème central de son œuvre. En 1957 (Entretien https://www.youtube.com/watch?v=ocr2HIfX8mQ), il définissait en termes très simple ce soi :

"Le soi est plus complet que le moi qui ne comprend que ce dont on est conscient. La personnalité toute entière de l’homme est indescriptible, sa conscience peut être décrite, son inconscient ne le peut pas... Nous ne connaissons pas notre personnalité inconsciente, nous en avons des indices, ou certaines idées mais nous ne la connaissons pas réellement ; personne ne peut savoir où l’homme fini véritablement. Et c’est là la beauté de la chose".

Plus à propos du mandala

Inconscient collectif

Alors que les mandalas rituels comportent un « nombre limité des motifs » et un « style défini », Jung remarqua que les mandalas individuels étaient riches en formes pouvant exprimer une plus grande variété « d’allusions symboliques ». Néanmoins, il s’agit inévitablement d’un mouvement circulaire autour d’un centre et les effets bénéfiques liés à un sentiment d’ordre ou d’alignement sont éprouvés dans tous les cas. D’où sa conclusion d’une couche universelle d’où proviendraient ces représentations archétypiques de la tendance naturelle et donc commune à tous les hommes, vers une totalité psychique. De manière plus générale, ces tendances naturelles (dont l’individuation n’en représenterait qu’une), instinctives et innées, il va les qualifier d’archétypes et l’espace psychique dont ils sont issus d’inconscient collectif.

"Étant donné que tous les mandalas montrés ici sont des produits nouveaux et non- influencés, nous sommes amenés à conclure qu’il doit exister une disposition transconsciente dans chaque individu qui est capable de produire les mêmes, ou très similaires, symboles depuis toujours et partout. Puisque cette disposition n’est pas habituellement une possession consciente de l’individu, je l’ai nommée l’inconscient collectif, et en tant que bases de ses productions symboliques, j’émets le postulat de l’existence d’images primordiales ou archétypes". (Jung, CW, Vol 9, tome 1, Symbolisme du mandala, 1950, paragraphe 711)

Ordre, remède contre le chaos

Plusieurs aspects furent remarqués à propos du mandala.

Tout d’abord il y a la notion d’ordre. Si les nombres d’après Jung étaient « l’instrument prédestiné pour la création d’un ordre, ou pour appréhender un arrangement régulier ou un ordre déjà existant mais encore inconnu », il n’était pas, pour Jung, surprenant que les images de totalité psychique évoquent un ordre ou un alignement autour d’un centre. Ces images, qui émergent spontanément, tel le mandala, possèdent en effet une structure mathématique : « Fait remarquable, les images psychiques de la totalité que l’inconscient produit spontanément, en particulier les images du Soi en forme de mandala, possèdent aussi une structure mathématique. Ce sont en règle générale des quaternités ou des multiples de quaternité. » (Jung, CW, Vol 9, tome 1, Symbolisme du mandala, 1950, paragraphe 714)

En remarquant que le fait de dessiner des mandalas non seulement révélait l’était intérieur mais générait un apaisement vis-à-vis d’états affectés et chaotiques, Jung approfondit sa vision du soi comme une dynamique organisatrice et guérisseuse : « Ces figures produites par l’inconscient n’expriment pas seulement un ordre, elles le créent aussi. C’est pourquoi elles apparaissent surtout dans les situations de désarroi psychique, comme compensation d’un état chaotique, ou bien elles formulent des expériences numineuses. » (Jung, CW, Vol 9, tome 1, paragraphe 714)

Il est touchant de remarquer que l’épreuve terrible de sa propre confrontation à l’inconscient avec le lot de souffrance, désorientation, chaos et « perte d’âme » (dans son « Livre rouge » il fait le récit de son mythe personnel, celui d’un homme à la recherche de son âme perdue), crise pendant laquelle il s’était mis à peindre des mandalas, lui font reconnaitre la fonction guérisseuse de l’inconscient qui s’exprime par la production spontanée de ces formes :

"Le motif rigoureux imposé par une image circulaire de ce type compense le désordre et confusion de l’état psychique – notamment à travers la construction d’un point central auquel tout est lié, ou par un arrangement concentrique de la multiplicité désordonnée d’éléments contradictoires et irréconciliables. Ceci est de toute évidence une tentative d’auto-guérison de la part de la Nature, qui ne provient pas d’une réflexion consciente mais d’une impulsion instinctive ». (Jung, CW, Vol 9, tome 1, paragraphe 714)

Il concluait en reliant les mandalas, en tant que symbole du soi, à l’archétype de l’ordre représenté par les nombres :

"Il faut à ce propos souligner que ces structures ne sont pas des inventions de la conscience mais des productions de l’inconscient, ainsi que l’expérience l’a suffisamment prouvé. Bien sûr la conscience peut imiter ces figurations de l’ordre, mais de telles imitations ne prouvent nullement que les originaux seraient aussi des inventions conscientes. De ces faits il ressort irréfutablement que l’inconscient utilise le nombre comme élément ordonateur".(Jung, Synchronicité et Paracelsica p. 58)

Quaternité

Dans les mandalas Jung trouva également confirmation de la nature archétypique du nombre Quatre. Des ‘arrangements de quatre’ ont été remarqués dans la nature – et par conséquent dans la psyché humaine - depuis la nuit des temps par les anciens : « [...] le nombre Quatre [...] un symbole dont l’ancienneté se perd dans la nuit des temps, probablement préhistorique et toujours associé à l’idée d’une divinité créant le monde... » (Psychologie et Religion, p 111).

Les mandalas tibétains présentent à l’intérieur du grand cercle un temple aux quatre portails, tandis que des mandalas chinois représentaient souvent les quatre directions et les quatre vents, sans parler des nombreux quadruples dont font état la philosophie et les sciences depuis l’antiquité ainsi que les textes religieux et alchimiques.

Pour Jung, la quaternité est un archétype d’occurrence quasi universelle "[. . .] Par exemple, si l’on souhaite décrire l’horizon dans sa totalité, l’on nomme les quatre cieux ... Il existe quatre éléments, quatre qualités élémentaires, quatre couleurs, quatre castes, quatre chemins de développement personnel, etc. Il existe également quatre aspects d’orientation psychologique [. . .] L’idée d’une totalité est incarnée par la sphère ou cercle, mais son minima naturel est la quaternité ». (Psychology and Religion: West and East).

La division en quatre, la synthèse des quatre, l’apparition miraculeuse des quatre couleurs et les quatre phases du grand œuvre : la nigredo, le dealbatio, le rubefactio et la citrinitas sont des préoccupations constantes des anciens philosophes. Le Quatre symbolise les parties, les qualités et les aspects de l’Un. (Psychologie et Religion, p 110)

Si tout ce qui touche au psychique se présente par quatre, le mandala avec sa structure quaternaire s’avérait un schéma particulièrement adapté pour représenter les nombreux ‘arrangements de quatre’ : quatre aspects, quatre tendances divergentes, quatre pôles, les quatre fonctions psychologiques, etc.

Conjonction des opposés

De plus, le mandala permet d’envisager ces ‘quatre’ en termes de ‘paires d’opposés’. Ainsi, l’idée d’une circumambulation vers un centre autour duquel des forces ou aspects divergents ont tendance à converger, coïncidait avec la notion métaphysique et philosophique d’une conjonction des opposés (notion dont l’origine remonte à Héraclite, philosophe présocratique, ca 535–475 av JC).

Dit simplement, au milieu, existe une tension parfaite entre les pôles qui s’opposent. Psychologiquement parlant, l’on pourrait dire que la sagesse visée, l’accomplissement de l’accroissement de la conscience, ou l’état d’éveil spirituel ont à voir avec une attitude dans laquelle les oppositions peuvent être tolérées, voire surmontées. Si l’état initial est caractérisé par un conflit intérieur, ou pire, par une unilatéralité, le chemin vers la croissance intérieure suppose la mise en conscience de l’opposé manquant, l’apparition d’un conflit permettant d’aller vers un état de tension des deux bouts dans lequel les opposés sont unis sans être mélangés (conjonction et non pas fusion/confusion).

En rapport au mandala, Jung dit : « Bien que le centre soit représenté par un point intérieur, il est entouré par une périphérie qui contient tout ce qu’appartient au soi – les pairs d’opposés qui constituent la personnalité dans son ensemble [...] Le soi, bien que d’une part simple, est d’autre part une chose extrêmement composite » (Jung, CW Vol 9, Tome 1, paragraphe 634)

Quadrature du cercle

De plus, la structure de base du mandala, celle d’un carré à l’intérieur d’un cercle ne manqua pas de rappeler Jung le problème des géomètres de l’antiquité, celui de la quadrature du cercle, devenu une métaphore de l’irrésoluble. Dans Psychologie et religion, Jung fait allusion au mandala en tant que symbole de l’état de transcendance d’un conflit autrement insoluble. En occurrence, il parle du « conflit dévastateur entre la matière et l’esprit, entre les désirs du monde et le pur amour de Dieu. » Dans le mandala sont « réconciliés tous les antagonismes principiels » (p 145-146)

Symbole de l’attitude religieuse

Habitués à ce qu’on pourrait en apparence qualifier d’affirmations contradictoires chez Jung, il va écrire dans Psychologie et religion, que même si dans les mandalas traditionnels employés dans les rites sacrés, surtout en Orient, il s’agissait d’une représentation de la divinité, il ne voit pas dans les mandalas des modernes un symbole de Dieu (alors que par ailleurs il interprète le cercle comme un symbole de la perfection divine, et le Soi – dont le mandala est la représentation - comme l’archétype de l’unité et donc d’une expression d’un Dieu unique et unificateur, CW Vol 9 et P R ).

Le mandala en entier symbolise la totalité de l’homme et le centre représenterait plutôt la force qui l’organise, qui l’attire vers l’attitude introspective nécessaire pour surmonter les conflits et égarements, pour parvenir à l’accroissement de la conscience.

« Un mandala moderne est un aveu involontaire d’un état mental et spirituel particulier. Il n’y a pas de divinité dans le mandala, il n’y a pas non plus l’indication d’une soumission à la divinité ni d’une réconciliation avec elle. » Mais « on pourrait dire que c’est l’homme même, ou son âme la plus intime, qui est le prisonnier ou l’occupant protégé du mandala. » (P et R p 159)

En effet, Jung remarqua qu’en réalisant des mandalas, les témoignages seraient de cet ordre : un sentiment « de devenir conformes à eux-mêmes, [...] s’accepter eux-mêmes, être en mesure de se réconcilier avec eux-mêmes et grâce à cela, réconciliés avec des circonstances cruelles et des événements marqués au cœur d’une adversité qui leur semblait inacceptable jusque-là. » (PR p 162)

Conclusion

Ce retour à une vision plus laïque du mandala rappelle que Jung ne favorisait pas une conversion des occidentaux vers des pratiques spirituelles orientalistes. La recherche d’un état de béatitude spirituelle avec le détachement de la vie quotidienne que cela comporte et en faisant, d’une certaine manière, l’impasse d’une compréhension lucide et d’une intégration à la vie d’ici-bas de ce qui est entrevu ou acquis grâce à l’introspection poussée dont il s’agit, n’est pas, dans sa vision, le chemin de l’homme occidental. Déjà dans son Commentaire sur le mystère de la fleur d’or (1929) Jung disait : « l’imitation occidentale est tragique » et ajoutait :

C’est pourquoi il ne s’agit pas d’imiter artificiellement des peuples lointains "[...] mais de bâtir sur place une civilisation européenne qui souffre de milles maux et de prendre pour cela l’Européen réel dans sa vie quotidienne d’Occidental, avec ses problèmes conjugaux, ses névroses, ses idées politiques absurdes et tout le désarroi de son univers » (Jung, Commentaire, p23)

Son intérêt pour le mandala et sa symbolique peut se synthétiser par l’idée qu’en effet, certains thèmes et motifs universels sont des représentations des réalités intérieures de l’homme, de ses intuitions à propos de son âme, du divin et du métaphysique. Et qu’à partir du moment où l’individu, occidental, oriental ou autre, se laisse guider par ce qui est véritablement intérieur et authentique en lui, il est probablement sur le bon chemin.

"Le cercle est un symbole du Soi. Il exprime la totalité de la psyché, dans tous ses aspects, incluant la relation entre l'homme et la nature tout entière". CG Jung

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mandala tibétain

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