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"Les rêves n'ont pas de signification générale. Il est impossible de les traduire comme on traduit un texte. Ils viennent compenser une situation particulière, consciente et inconsciente, chez un individu particulier."

C.G. Jung, L'analyse des rêves, notes du séminaire de 1928-1930, tome 1, trad. J.P. Cahen, Paris, Albin Michel, 2005, p. 146.

"Avez-vous vu le Diable", Cyrille Bonamy

Avez-vous vu le Diable ?

Méphistophéles, une ombre si familière ! Trop familière ?

 

Plongé dans le premier Faust de Goethe, je constatai que mon esprit voyageait en contrepoint vers un préadolescent dont je m'étais occupé ; son histoire s'ingéniait à roder autour de moi alors que Faust, le mythe de Faust, ne semblait n'avoir aucun rapport avec lui !

Goethe :

Faust, le drame de Goethe, relate l'histoire d'un humaniste savant qui, déçu par l'aporie à laquelle son art le fait aboutir, contracte avec le Diable un pacte : en contrepartie de son âme, celui-ci doit satisfaire son insatiable désir de jouissance et sa curiosité intellectuelle infinie. Méphistophélès lui offre une seconde vie tournée cette fois vers la jouissance des plaisirs sensibles, mais au mépris d'autrui, en l'occurence une jeune femme que Faust séduit et met enceinte, ce qui la conduira à l'infanticide et à sa propre mort.

Selon les versions populaires du mythe, Faust, dans les dix dernières années de sa vie, se perd dans l'ombre d'une course vers la mort et la damnation ; il disparaît dans les flammes.

Rémi :

J'avais connu Rémi à 12 ans ; il était très apprécié partout où il se déployait. Grand, beau, fort, doué, gentil, on le trouvait lumineux et sa famille, l'école, le club sportif, l’aumônerie, tous se réjouissaient de sa présence, de son dynamisme, de l'atmosphère amicale et joyeuse qu'il suscitait. Or un beau jour, ses parents m'apprirent qu'il avait fait un tour aux urgences de l'hôpital ; faisant la course avec un copain à vélo, il avait dévalé la pente devant chez lui au maximum de sa vitesse, débouché tel quel au croisement de la route et percuté la voiture qui s'y trouvait. Par chance, celle-ci hésitait sur sa direction et ne roulait qu'à très faible vitesse. Rémi fut éjecté, tête la première et sans casque, par dessus le capot et plongea dans la haie de trohens qui était de l'autre côté du trottoir. Encore une chance, une vingtaine de points de suture furent la seule et bénigne conséquence de sa course alors que le pire aurait pu arriver ! De son acte insensé, lui-même ne trouvait rien à dire et ne semblait pas plus capable de s'en expliquer quoi que ce soit à lui-même.

Ses parents secoués, mais rassurés sur le moment même, gardaient une très réelle appréhension : certes il avait échappé à la mort, mais que s'était-il passé au juste dans le for intérieur de leur fils, qu'est-ce qui avait pu le pousser, lui dont l'esprit était apparemment bien construit pour qu'il s'engage dans un acte dont il savait pertinemment l'inanité et le risque ? La suite devait malheureusement confirmer leur appréhension à travers une série calamiteuse d'actions pitoyables.

Une semaine plus tard, ils entendirent un vacarme dans le garage sous leur pied ; Rémi avait mis en marche le moteur de leur voiture et essayé les vitesses ; comme il ne savait pas maîtriser l'embrayage, il avait enfoncé la porte du garage et arraché ses glissières !

Le mois d'après, il fit retour à l'hôpital, mais, cette fois, de façon beaucoup plus sérieuse car droit en réanimation et, qui plus est, avec deux autres compères. Tous les trois étaient tombés dans un coma éthylique ; la vodka chez l'épicier ne valant pas cher, ils en avaient profité pour épater les copains au cours d'une soirée où avait gravement manqué une surveillance adulte efficace. Par chance, une fois encore, l'intervention du SAMU avait été suffisamment précoce pour empêcher les dégâts irréversibles d'une hypoglycémie majeure et permettre aux trois larrons d'émerger de leur coma sans séquelle apparente !

Comme les fois précédentes, Rémi prétendait ne pas savoir ce qui lui avait pris, pourquoi « il avait fait cela » et ses parents n'arrivaient pas à le faire entrer dans une quelconque démarche autocritique. Son absence de tout sentiment de culpabilité donnait en plus l'impression que ce n'était pas lui qui s'était engagé dans ses actes, si bien que lui-même reprenait le cours de sa vie comme si rien ne s'était passé.
Par contre son entourage ne put que constater une distorsion de plus en plus pénible dans ses relations quotidiennes avec les autres : il passait souvent par des phases d'arrogance, se montrait désobligeant en famille ou avec ses amis, voire par moment franchement méprisant. On avait beau le reprendre ou le remettre en cause, on ne parvenait pas à infléchir son attitude. Son comportement prit même un virage inquiétant, il provoqua un accident extrêmement grave pour lequel il fut mis à la porte de son club d'escalade. En effet, alors qu'on l'avait chargé « d'assurer » un camarade dans un passage difficile, il s'était permis de n'en faire que le simulacre, son camarade avait dévissé et sa chute n'avait pas été retenue sur une hauteur de 3 mètres ! Coma, SAMU, neuro-chirurgie, fractures. Après une hospitalisation conséquente et une rééducation de 6 mois, son camarade s'en sortit en vie et valide, mais l'entraîneur, les quatre parents, tout le monde en fut catastrophé.

Une autre fois, les parents d'un camarade furent obligés de l'expulser de chez eux et téléphonèrent à ses parents pour les prévenir : Rémi s'était mis à dire des insanités aux filles qui étaient présentes et à les invectiver. Ses propos avaient été inconvenants, vulgaires et provocateurs ; lui-même, très excité, était visiblement très content de choquer ceux qui l'entouraient. Ses parents ont sévi, ont discuté avec lui, mais, là-aussi, il s'en était tenu à la position de « ne pas savoir » ce qui lui arrivait.

Revenons à Faust :

Le drame de Faust si l'on s'en tenait à son simple récit, ne présenterait qu'un intérêt très limité. Par contre si l'on fait l'effort d'en déployer les articulations et l'enracinement historique, se révèlent alors ce qui fonde la puissance du mythe et son efficacité psychique.


Sur le plan littéraire, Faust et le mythe de Faust sont nés au XVI ème siècle, en 1587 dans un récit populaire allemand Le Livre Populaire, Volksbuch, et, l'année suivante, dans « The Tragic Story of the Doctor Faustus », pièce du dramaturge anglais Marlowe, un précurseur de Shakespeare. Cette édition a diffusé rapidement dans toute l'Europe du XVI ème siècle et y a ancré profondément la légende de Faust.


Le Doctor Johannes Faustus, quant à lui, est une personne qui a historiquement effectivement bien existé. Il est né en 1480 et est mort en 1540, mais on peine à retrouver le personnage réel sous les légendes qu'il a soulevées. Il semble en fait qu'il ait été l'un de ces humanistes instruits de cette époque, insatiable de découvertes. Il fut habilité à l'université de Heidelberg en tant que docteur en philosophie ; celle-ci regroupait en réalité à cette époque toutes les sciences en dehors de la théologie et la médecine. En raison de ses dons pédagogiques il semble qu'il ait provoqué d'intenses jalousies.

Il enseigna un moment à Cracovie, alors capitale de la Pologne. On sait qu'il fut chassé d'Erfurt, puis de Wittenberg (ville de Luther), puis d'Ingoldstadt (fief des Jésuites), puis de Leipzig, bref il fut chassé autant par les Protestants que par les Catholiques. On le trouve à Prague en 1530, ville refuge grâce à la tolérance qui y régnait. Il a vécu jusqu'à sa mort entouré de disciples nombreux et fidèles. On a prétendu que ses prouesses résidaient dans la magie noire, mais il faudrait pouvoir décanter les récits de leurs excroissances légendaires.

Il est plus vraisemblable qu'il ait fait des expériences d'occultisme, d'hypnose, de télépathie ou de phénomènes hallucinatoires. Il fut sans aucun doute très en avance sur son temps, et le pouvoir génial d'ombre et de lumière qui fut le sien, fut attribué, parce que l'on était au XVIème siècle, au Diable lui-même !(1)


Sa mort survint sans doute de manière très différente de ce que les légendes ultérieures en ont fait. Pas de spectaculaire descente aux enfers, ni de terrifiante strangulation par le Diable. On raconte qu'il est mort dans les flammes de l'enfer, mais qui sait si ce ne sont pas les flammes d'un bûcher comme l'un ou l'autre de ses grands contemporains : Savonarole, Michel Servet, Etienne Dolet, ou Giordano Bruno ? Aucun document cependant n'a pu être produit aujourd'hui pour en faire la preuve. La même année que lui, le philosophe et médecin Paracelse, inventeur dit-on d'un homonculus, chose que l'on impute aussi à Faustus, hérétique lui-aussi aux yeux des Protestants et des Catholiques, meurt à Salzbourg dans les conditions les plus obscures.

Pour lui comme pour le Docteur Johannes Faustus, un procès en sorcellerie et une condamnation à mort ne sont pas à exclure.
Une hypothèse plus simple est celle d'un accident de laboratoire, et, au XVI ème siècle, il est vite fait d'attribuer les flammes d'une explosion dans un laboratoire d'alchimie aux flammes de l'enfer !


Cependant les biographes les plus fiables penchent vers l'hypothèse d'une crise de mélancolie au cours de laquelle le Docteur Johannes Faustus se serait donné la mort. Ultérieurement le Volksbuch a transformé cet acte dans celui d'un être humain maudit, restituant au Diable les débris de son âme qu'il lui avait par avance abandonnée.


Pourquoi lui, pourquoi le Docteur Johannes Faustus, a-t-il été à l'origine d'une telle légende de Pacte avec le Diable et non pas ceux des humanistes de son temps dont la vie est mieux connue, par exemple Paracelse, Guillaume Postel ou Nostradamus qui comme lui ont été extravagants, mystérieux, mystagogues jouant avec le feu (de l'enfer ou des bûchers ?), masquant leur identité jusque dans leur nom ?
Théophrastus Bombastus von Hohenheim n'était pas un chevalier germanique ombrageux, mais un sage, un érudit, calme et discret ; il est entré dans l'histoire sous son pseudonyme : Paracelse (2). Il était médecin mais aussi magicien, il a inventé des remèdes, mais a créé aussi le fameux homonculus (ancêtre du Golem (3)). Cet honnête bourgeois de Bâle s'est enfuit un jour sur les chemins de l'aventure et sur sa mort à Salzbourg plane un mystère épais...


Guillaume Postel, l'un des illuminés les plus turbulents du XVI ème siècle, professeur à Paris au Collège de France (à l'époque Collège des trois langues) quitte subitement son poste et entreprend des voyages aventureux qui le mèneront jusqu'en Terre Sainte. Il produit de volumineux écrits visionnaires, sous l'inspiration d'une femme, Mère Jeanne, hypostase de la Vierge et de la Chekhina (4). Une incroyable rencontre se concentre en lui du christianisme, du judaïsme, de l'humanisme, de la kabbale et du millénarisme. Flairant le Diable, l'inquisition s'est mise à le poursuivre, mais l'enquête s'acheva sur le verdict significatif de « folie ». Comment ne pas penser en ce XVI ème siècle à « l'éloge » qu'en fit Erasme (5) ?


Nostradamus enfin, nom qui ouvre aux recherches occultes et à la divination magique, est en réalité le nom de Michel de Notre-Dame. C'était un savant et un savant de renom qui était honoré comme tel à la cour des rois de France. Son Livre des Prédictions reste un monument de bizarrerie, un déversoir de magie dans une cervelle déréglée du XVI ème siècle.


Chacun de ces trois humanistes ont écrit une œuvre considérable, il faut citer les ouvrages de médecine de Paracelse publiés entre 1537 et 1540, Les centuries de Nostradamus en 1555, le De Orbis Terrae concordia de Guillaume Postel en 1544. Ces œuvres dessinent une identité intellectuelle et spirituelle précise pour chacun de ces trois auteurs. Or tel n'est pas le cas du Doctor Johannes Faustus ! Curieusement cet humaniste n'a laissé aucune œuvre écrite, si bien que sa doctrine n'est pas identifiable : un homme sans ombre ! Un homme sans âme ? Le climat du siècle permet de pousser plus loin : oui, sans âme parce qu'il l'a vendue, et vendue au Diable !


Comment ne pas se demander ce qui fermente à cette époque pour que s'échafaudent de telles visions soupçonneuses !


Le XVI ème siècle est traversé par deux révolutions scientifiques qui le font émerger à la Re-naissance, à la genèse d'un Monde Nouveau. La première fait craquer le cadre de la Terre Ancienne, elle débute en 1492 par la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb et Améric Vespuce, puis le tour du monde par Vasco de Gama, Magellan et Francis Drake. Un Monde surgit, de prime abord à côté de l'Ancien, mais rapidement englobé dans une Terre dont les dimensions se sont subitement et irréversiblement transformées.


Cinquante ans plus tard, une deuxième révolution s'attaque cette fois au Ciel Ancien. En 1543 Copernic publie De Revolutionibus Orbis Terrae ; Tycho Brahé (Prague, 1546-1601), Jean Kepler (1571-1630), Galilée (1564-1642) achèvent de détraquer le mécanisme de l'horloge céleste calculé depuis l'antiquité jusque dans les moindres détails par Ptolémée d'Alexandrie, un disciple d'Aristote. En un siècle ces astronomes aboutissent à une complète Re-Naissance du Ciel, au même titre que les découvertes maritimes avaient provoqué celle d'une Re-Naissance de la Terre.


Ces deux révolutions si elles sont scientifiques dans leur aboutissement sont hybrides dans leur parcours. Recherchant la clé de l'incompréhensible mystère de l'homme et de son univers, une alliance tente de se faire entre la raison et la mystique, la nature et la surnature, l'évident et l'occulte. Les astronomes, les navigateurs, les cartographes, les calculateurs penchés sur leurs tables et leurs in-folio sont tous des illuminés, des somnambules comme disait Arthur Koestler, tous portent en eux les deux âmes de Faust. Ils font sauter les limites qui jusque-là définissaient l'homme ; ils dotent l'horizontale humaine d'un inépuisable « méta » qui dénoue son potentiel propre en inépuisable créativité. Mais dans ce défi quelque peu prométhéen comment être fidèle à Dieu ? Ne faut-il pas tel Faust faire appel à l'Anti-Dieu ? Le bel édifice cosmologique théologico-centré où l'homme trouvait sa place comme une évidence, soudain, s'était mis à vaciller sur ses fondations. L'inquisition n'avait-elle pas raison d'être dans la crainte, car comment Méphistophélès par ses tours de passe-passe illusoires vers un savoir infini et une jouissance totale ne finirait-il pas par être victorieux ?


Voilà pourquoi depuis sa création au XVI ème siècle, le mythe de Faust et celui du pacte avec le Diable imbibe la littérature, et ce jusqu'à une époque récente, puisqu'à côté du Faust de Goethe qui est insurpassable, il y a ceux de Lessing, contemporain du Urfaust de Goethe, Mon Faust de Valéry 1940, Docteur Faustus de Thomas Mann 1943-1947, Johannes Faustus de Hans Eissler 1953, Votre Faust de Henri Pousseur et Michel Butor 1970, mais aussi la musique avec les opéras de Berlioz et de Gounod. Oui ce mythe nous parle, mais pourquoi ? (6)

Commençons par le « Diable » :

Le Diable, « diabolos » en Grec, n'existe ni dans le texte hébraïque de la Bible, ni dans la Tradition juive. La première occurence apparaît dans La Septante (7) qui traduit le mot « Satan » par « Diable » ; or en Grec, dia-bolos, celui qui divise, ne recoupe pas le sens hébreux de « Satan » qui veut dire « l'opposant ». Ce terme n'apparaît pas dans les cinq Livres du Pentateuque, mais dans les livres sapientiaux et, particulièrement bien sûr, au livre de Job. Satan ne confronte jamais directement l'homme, mais s'oppose à Dieu lui-même, ceci à trois exceptions près dont bien évidemment celle de Job, or, comme on le sait, Job est une figure et non un personnage historique.

L'homme dans la Tradition juive a bien assez à faire avec ses propres « penchants », le bon, « yetzer hatov » et le mauvais, « yetzer hara » pour s’embarrasser d'aller chercher de telles figures dans le Royaume de l'Ombre, même si les contes populaires, de leur côté, mettent en scène des êtres fantasmatiques malfaisants !
Par contre « Diabolos » est un terme très présent dans les textes grecs néotestamentaires, et sans doute n'est-ce pas un hasard si Matthieu ouvre son récit évangélique dès le chapitre 4 par la confrontation de Jésus (Yeshoua en Hébreu = Josué = « qui sauve ») avec le « Diabolos ».

Si nous voulons bien admettre que « le Diable » en tant que tel n'existe pas, mais que c'est par notre propre mouvement psychique que nous le faisons nous-mêmes lever en nous-mêmes et s'il surgit au début de l'Evangile de Matthieu, c'est donc pour mettre en exergue un débat intérieur fondamental. L'épreuve intérieure à laquelle est confronté Jésus s'avère être, dans notre langage, une confrontation avec son « ombre ». Au cours de celle-ci, le recours au sanctuaire de ses « objets premiers »8, en l'occurence Dieu, se révèle parfaitement opérant contre les attaques du « traître », le « Diable ».


Faust « recrute » Méphistophélès, le Diable donc, mais chacun comprend bien que c'est un double de son âme, or ce double est un traître de lui-même. Si l'on y regarde bien, c'est un personnage qui, pour chacun d'entre nous, nous est parfaitement familier !


L'enfant en fait les semailles dès son plus jeune âge et celles-ci commencent à « lever » sérieusement lors de sa troisième année. En effet, à cette période, sa toute nouvelle autonomie lui fait découvrir le monde extra-parental comme une absolue nouveauté. Quelle attirance ! Mais comme ce monde le dépasse et comme les règles de fonctionnement en sont énigmatiques ! Pourtant l'envie le talonne de s'y lancer et bien entendu de s'y lancer tout seul ! Or, à chaque fois qu'il en fait la tentative, il bute sur son inexpérience, il provoque des accidents, s'expose à de sérieux dangers, déclenche l'effarement de son entourage : que ce soit la traversée soudaine de la chaussée, le brusque engagement dans un escalier, la plongée sans bouée dans une piscine, le déclenchement d'un mécanisme en appuyant sur un bouton, l'ouverture d'un four, et tant d'autres péripéties ! Ces expériences calamiteuses font monter en lui le sentiment d'être nul, sentiment de nullité tellement insupportable qu'il se précipite dans l'illusion contraire : « non je ne suis pas nul, au contraire c'est moi qui sais, c'est moi qui peux, c'est moi qui décide, c'est moi qui commande ! » : illusion de sa toute-puissance infantile ! En face s'élèvent alors, dressées par les adultes tutellaires, des montagnes d'interdits et de contraintes ! Or, à trois ans, l'enfant a encore si peu construit en lui-même ce qui lui permettrait de supporter la frustration de ces contraintes et de ces interdits et d'« entendre » les raisons des adultes !

Il se sent donc condamné soit à l'impuissance, coincé par son sentiment de nullité et sa peur de déclencher une fois encore une catastrophe, soit à subir des contraintes et des frustrations insupportables. C'est dire à quel point la découverte de ce « nouveau monde » extra-parental engendre chez lui d'inconfort et d'angoisse !


Son unique solution est de fuir en avant, tête baissée, dans l'illusion de sa satisfaction absolue et sans le moindre délai : « tout, tout de suite, tel que je le veux ! ». Cette illusion, impitoyablement mise en œuvre sur son entourage, déclenche des passes d'arme retentissantes, au point de le faire désigner comme « infernal », « diabolique », ou « petit démon » etc. ce qui n'est pas sans de bonnes raisons et de mémorables exaspérations tant il est devenu tyrannique et insupportable !


Concomitamment et cette fois de façon heureuse, oeuvrent à l'intérieur de lui l'inconditionnalité de l'amour parental, la confiance dont ils l'investissent, leur regard fondamentalement positif et encourageant sur ce qu'il est en mesure de faire, leur accompagnement dans tous ses apprentissages. Ils tiennent leur enfant dans un cadre aimant dont la fermeté résiste à ses attaques. Grâce à cette présence contenante, il prend progressivement confiance en lui-même, se rassure et l'angoisse qui l'étreignait devant ce « nouveau monde » finit par se dé-serrer. Grâce à ses parents, il entre dans une dynamique d'intériorisation progressive des interdits et des contraintes qui commence à forger en lui le réceptacle qui lui permettra à terme de faire fonctionner la Loi.

Contenu par ses parents, il se sent beaucoup plus assuré et devient progressivement en mesure de se départir de ses positions illusoires de toute-puissance et de jouissance sans frustration ; in fine, il en vient à les refouler dans l'inconscient.
Ne nous y trompons pas, le refoulement de cette part « démoniaque » de lui-même qui l'a si souvent mis en mauvaise posture, de cet être capricieux, imbuvable pour les autres, n'est en réalité qu'une mise en réserve, elle va tout droit rejoindre dans l'inconscient la « maison forte des traîtres ».

En suivant Goethe nous pouvons la nommer, elle n'est autre que « Méphistophéles ». Ainsi libéré, l'enfant, va prendre pied progressivement sur un territoire de plus en plus conscient, ce qui va lui permettre de se saisir de sa vie d'enfant de manière infiniment plus paisible.


A la veille de l'adolescence, à 12 ans, l'enfant entre dans le mouvement de sortir lentement du cocon d'insouciance et d'inconscience où il a été tenu durant la traversée de son enfance. En pleine possession de ses moyens physiques et intellectuels et usant de son autonomie toute neuve, il ouvre les yeux et voit soudain le monde comme il ne l'a jamais vu ! Comme Tycho Mahé ou Jean Kepler derrière leur lunette astronomique, soudain l'univers se révèle et prend des formes totalement inattendues !

Le monde sécurisant parento-centré se met à vaciller ; notre pré-adolescent se sent seul et nu devant de multiples Mondes Nouveaux, et en particulier celui, bien entendu, du sexe opposé, mondes vis-à-vis desquels l'angoisse du non savoir et de l'impuissance l'étreignent. Tenu en attente dans la maison forte des traîtres et parfaitement prêt à intervenir, sort alors, sans crier gare, sa part démoniaque, « Méphistophélès » ! Cyniquement il ricane et convie ce préadolescent à jouir bel et bien sans se soucier de toutes ces questions oiseuses auxquelles, avec insistance, ses parents veulent le raccrocher !


Rémi ne lui a nullement vendu son âme, n'a conclu aucun pacte, mais cette ombre méphistophélique l'a « rapté » sans coup férir, avant même qu'il ait pu s'en apercevoir ! Ses parents avaient raison et le savaient : il était en grand danger, piloté par une ombre redoutable.


Mais voilà : une jeune-fille, Marion, évoluait dans son entourage et elle rayonnait d'une classe extraordinaire. Belle, gracieuse, intelligente, elle jouait remarquablement au tennis, pratiquait le violoncelle avec assiduité, faisait partie d'une petite troupe de théâtre et dévorait la littérature. Sa scolarité se déroulait sans-même en parler. Rémi se mit à rêver d'elle et crut pouvoir « la conquérir » en macho suffisant et prétentieux. Un jour, il osa lui demander de but en blanc d'être son petit ami. Marion le regarda et lui dit, toute en gentillesse : « Rémi, je ne le peux pas, tu joues à être quelqu'un que tu n'es pas ! Commence par être toi-même ! » Furieux, Rémi se mit à insister.

Tout aussi gentiment, elle lui répliqua, mais d'un ton beaucoup plus ferme : « Rémi, est-ce que tu crois que tu es vraiment intéressant ? Tu n'as aucune culture, tu ne lis jamais de livre, tu n'as aucun domaine de créativité, tu ne pratiques aucune activité, tu ne vas ni au cinéma, ni au théâtre ni au concert, tu ne vois aucune exposition, tu ne connais aucun artiste, qu'est-ce que tu veux échanger avec moi ? » Complètement désarçonné, Rémi ne trouva qu'à lui répondre : « Je lirai si tu me donnes à lire. » « Chiche ! » lui dit-elle. Et voilà que deux fois par semaine, au collège, Marion, non sans malice, se mit à lui apporter un livre et à exiger qu'il lui rendît le précédent. Rémi s'exécutait, mais il lisait lentement et la veille il n'avait pas fini sa lecture ! La nuit il se cachait donc sous ses draps pour y arriver à la lampe de poche.

Discrètement, à la récréation, Marion lui demandait à chaque fois, sans qu'il puisse y échapper, ce qu'il avait pensé de l'ouvrage ! Rémi était stupéfait de ce que Marion lui en disait, non seulement elle l'avait totalement en mémoire et dans les détails, mais, en plus, elle en pensait quelque chose pour elle-même !


Les parents de Rémi ne comprirent pas vraiment pourquoi soudain Rémi s'était mis à sonder leur bibliothèque, à lire le journal, ni pourquoi il demandait à voir telle ou telle émission tard le soir sur Arte, ni comment il savait que telle et telle exposition était à voir, ni pourquoi il avait voulu s'inscrire au cours de tennis. Le summum fut atteint par sa demande de visiter le Synchrotron où travaillait son père : celui-ci l'emmena un jour presque négligemment, mais il n'en crut pas ses oreilles quand il entendit son fils poser en mitraillette des questions très précises et très pertinentes à ses collègues ! Il n'avait pas idée de l'enjeu : Marion s'était étonnée que Rémi ne sache absolument rien du travail de son père, et, après cette visite, il savait qu'il allait subir son redoutable interrogatoire, car, elle, elle savait très bien comment tournait les électrons du Synchrotron !


Une formidable métamorphose s'opérait chez lui ; adieu, Méphistophélès ! Il s'était approprié ses propres rênes et, grâce à Marion, avait compris que rien n'aurait de sens dans sa vie sans la médiation de ses propres recherches, de ses apprentissages et de toutes les confrontations nécessaires avec les autres. Heureux, il se projetait en avant, ... non sans Marion !

Pourquoi le mythe de Faust fait-il intervenir le « Diable », pourquoi un « pacte » avec le Diable ?

Une bref moment familial peut nous mettre sur une piste de compréhension :


Un matin, un garçon de 7 ans devant son bol de cacao avant de partir à l'école demanda à son père qui, lui, brumeux, n'était pas encore tout à fait réveillé :

« Papa ? »

« Oui ! »

« Dis moi : est-ce que ce sont les événements qui font l'Histoire ou bien est-ce l'Histoire qui fait l'évènement ?!! »


Le père totalement interloqué au petit matin devant ce questionnement philosophique faillit lâcher par terre ce qu'il avait en main ! Il regarda, éberlué, son fils et après un silence qui traduisait sa confusion, il se ressaisit, prit un paquet de farine et, négligemment, en répandit sur la table au milieu des bols :


« Tu vois, ça ce sont les évènements, et, là (il désigne un gâteau sur le frigidaire) c'est l'Histoire ! »


« Mais, Papa ! Mais tu es cochon ! Mais tu en as mis partout ! Maman, elle, elle a au moins su en faire un super gâteau ! »


« Tu as tout compris, fiston ! ».


La question ne portait-elle pas effectivement sur l'existence du Diable ? A partir des évènements de la vie qui sont jetés (bolos), éparpillés comme la farine, chacun a pour tâche propre de les rassembler (sum-bolos) pour en faire sens (le gâteau) et donc « une vraie Histoire ». L'homme est faiseur d'une histoire, de son histoire, il lie ensemble des actes et des paroles pour en faire du sens. Mais chacun peut aussi bien les dissocier (dia-bolos) ou même s'attaquer au gâteau, c'est-à-dire faire de ce qui a du sens un morcellement qui n'en a plus. Nous avons à tout moment de notre vie ces deux dispositions intérieures en main : le diable et le bon Dieu !

 

A quelque âge que ce soit, devant l'apparition d'un Monde Nouveau, nous éprouvons cruellement notre impéritie, et elle vient recruter dans « la maison forte des traîtres » la part diabolique que nous y avions refoulé vers l'âge de trois ans, le « Méphistophélès » de Faust, cette capacité que nous avons en nous à être « dia-bolos ». A tout âge il offre avec le même cynisme les mêmes recettes de toute-puissance et celles de la quête d'une jouissance sans frein et, bien sûr, toujours aux dépends de l'autre !

 

C'est ainsi que l'on peut voir autour de soi des personnes se transformer brutalement :

Après une naissance, une mère se trouve devant son enfant comme devant un continent totalement nouveau ; elle se figurait maîtriser l'évènement et voilà que « ce nouveau monde » lui échappe ! Nombre d'entre elles sont à tel point prises à contre-pied qu'on les voit s'ériger alors en capitaine du navire familial, éjecter le père parmi les mousses et se réserver la chambre du capitaine, la carte, la barre, le porte-voix, voire les châtiments ! Refuge dramatique dans I'illusion de leur toute-puissance !


On connaît malheureusement à l'envie ces hommes arrivés au faît de leur réalisation professionnelle et de leur pouvoir qui n'hésitent pas à « s'offrir » qui une secrétaire, qui une étudiante et qui la maintiennent en dépendance affective et (ou) financière. Devant le Nouveau Monde de leur déclin qu'ils anticipent et dont l'angoisse les étreints, ils se réfugient dans une position de déni et « Méphistophélès » fait le reste ! Il travaille à peaufiner leur jouissance, y compris celle de détruire l'autre !


Le monde psychanalytique n'est pas indemne. Dans une « chapelle analytique » proche de chez moi, un « pape analyste » reçoit ses ouailles chaque semaine pour une conférence implicitement obligatoire ! La cinquantaine de participants sont tous, ses analysants actuels, ses anciens analysants, ses supervisés et ses anciens supervisés, sa famille aussi. Tous barbotent ensemble dans la même marmite incestueuse ! Ce n'est pas grave, a-t-on pu m'affirmer, « l'inconscient est un langage et ceci est un langage etc. etc.. » Le cynisme de Méphistophélès n'hésite pas à reprendre un langage sensé (le gâteau) pour produire du pur non-sens ou pire de la perversion destructrice. Peu importe alors la teneur du langage en question, freudien, lacanien ou jungien, tout marche pour maintenir ses analysants en dépendance... et substituer à leur vie propre celle, plus importante, de soi-même.


Bien plus subtilement, je connais, hélas pour moi-même, cette envie de maintenir mes anciens analysants dans une « légère » dépendance transférentielle entretenant avec eux de telles relations que le transfert ne peut pas « tout à fait » se clore. C'est méphistophélique au sens où le mécanisme mis en œuvre ne m'est pas conscient, et donc ne me gêne nullement ! A l'inverse, prendre consciemment sur moi de mettre fin à toute transaction transférentielle avec un analysant m'est si difficile !

J'ai l'impression de scier en toute conscience et douloureusement une branche sur laquelle, depuis si longtemps, je me trouvais assis ! Une analyse terminée n'est-elle pas une forme de mort ressentie par l'analyste ? Je sais pourtant que cet arrêt fait partie du contrat initial avec l'analysant ; et je sais que le transgresser n'est pas autre chose que glisser dans la perversion et l'inceste ! Je sais qu'il s'agit en terme faustien d'une strangulation par le Diable, mais cette strangulation cette fois est si lente qu'elle m'est quasi imperceptible ! Pourtant, sans m'en apercevoir, elle nous prive, moi analyste et lui analysant, peu à peu, à petit feu, de notre propre respiration inconsciente !


De même au moment de ma retraite professionnelle, le paysage qui s'ouvre est celui d'une fin, d'un déclin ! Comment devant lui ne serais-je pas, peu ou prou, étreint par l'angoisse ? D'eux-mêmes s'offre alors les services cyniques de « Méphistophélès » ! Il n'en est pas autrement qu'au XVI ème siècle : la Renaissance n'est pas seulement la vitalité des corps retrouvée comme l'a si bien sculptée Michel-Ange, mais c'est aussi la poussée mélancolique dessinée ou peinte par Albrecht Dürer !

 

Le génie de « Méphistophélès », sa redoutable efficacité, est de survenir à point nommé, juste au moment où l'angoisse commencerait à poindre si lui n'était déjà là ! A cette angoisse, il substitue la stridence de son rire, le dynamisme narquois de l'évidence d'une jouissance toute prête. Il conduit donc à se relâcher, à tout lâcher, et ne plus avoir à se recruter dans la quête d'un plaisir qui serait secondaire. Il pousse à filer dans le sens de la pente et à arrêter de se poser les questions auxquelles la présence d'autrui et son respect devraient pourtant nous convier. Il prévient les douleurs de toute maïeutique ; il n'y a plus besoin de maïeutique : tout est là !


L'antithèse de « Méphistophélès » bien sûr c'est le travail de Marion sur Rémi, « en » Rémi. Si elle a provoqué l'éveil de sa conscience, l'acceptation de l'ambivalence, l'espérance tenue sur le temps long, la construction lente des longues médiations qui permettent les élaborations progressives et qui mènent à poser les actes qui vont faire sens dans sa vie, c'est grâce à la prise de conscience préalable qu'elle lui a fait faire. Elle lui a donné un électrochoc : « Rémi tu joues à être qui tu n'es pas ! » Rémi s'est brutalement rendu compte qu'une ombre le possédait, une ombre interne et non pas un « Méphistophéles » externe ! Une ombre avec laquelle il aurait à travailler toute sa vie.


On dit que l'âge amène la sagesse, or justement quand l'âge est là, ai-je encore la patience du temps long ? Méphistophélès, lui, tient une réponse toute prête !

 

Le XVIème siècle et ici le mythe de Faust qui émerge des problématiques de cette époque mettent en perspective la question de la responsabilité de l'homme dans l'univers. La révolution qui bouleversa alors les repères conceptuels ne reste pas inscrite sur le calendrier des événements révolus, mais elle me concerne aujourd'hui même et me questionne. Qu'en est-il de mes croyances, ou plus précisément qu'en est-il de mes projections sur celles-ci ? « Diabolos », Méphistophéles, ne me sont-ils pas « diablement » utiles et ne puis-je pas en dire autant de Dieu lui-même ! Autant de figures sur qui, n'étant pas moi-même, je peux me défausser de ma responsabilité vis-à-vis d'autrui ! Si « Méphistophéles » possède Faust, que devient, devant la succession de ses méfaits, sa responsabilité personnelle ? Si la Providence divine est la réponse à mes impuissances et à la succession de mes misères, à quoi bon tenter d'y remédier sérieusement moi-même ?


Si je libère mes croyances, « Dieu », le « Diable », des éléments projectifs que j'y place, les questions qu'a amenées la révolution du XVIème siècle sont encore là devant mes yeux, et, cette fois, pour moi-même ! « Diabolos » renvoyé dans « la maison-forte des traîtres », Dieu libéré de mes projections d'impuissance, la question spirituelle ou, mieux, ma quête spirituelle que j'ai à mener pour moi-même et non pour quelqu'un d'autre, ou pour aucune autre raison, émerge sous un jour complètement neuf !


Si, pour en savoir plus sur cette aventure, je me penche sur ceux qui l'ont entreprise, les grands spirituels, je constate que tous, sans exception, ont consacré de manière continue une énergie considérable à travailler sur cette ombre « méphistophélique »9. Ils ont oeuvré sans jamais s'arrêter pour s'en dégager, condition sine qua non pour avancer sur « leur » chemin, un chemin libre et créatif. « Méphistophéles » n'était pas extérieur à eux, mais intérieur et ils l'avaient constamment dans leur champ de mire. Moi-aussi j'ai donc à considérer cette figure tout à fait intérieure et à m'en parler

« Méphistophéles » : une ombre si familière que personne à quel qu'âge qu'il fût n'en a jamais fini avec elle !

Donc quand Rémi vient doubler ma lecture de Faust, il me pousse à saisir le fil rouge qui court sur l'immense chemin que nous avons parcouru, du XVIème siècle à maintenant, de la naissance d'un enfant à notre âge, fil rouge qui court aussi bien dans le développement collectif de l'humanité que dans celui de l'enfant, que dans mon histoire. Les étapes par lesquelles, enfant, nous passons sont autant d'épreuves dans la construction intérieure de l'humanité que dans celle de l'enfant. « Ils sont diaboliques ! » disaient ma grand-mère devant nos méfaits. Au cours de ces siècles redoutables ils étaient réputés diaboliques ces hommes et surtout ces femmes qu'on a brûlés vifs au prétexte d'expulser le « Diable »(10) !


L'immense chemin que nous venons de faire, traversant les siècles et l'histoire de l'enfant est celui d'une réintégration, celle du « dia-bolos ». Celui qui divise et qui maintient les évènements et les êtres que nous rencontrons dans un statut de non-sens, il nous faut le réintégrer en nous-mêmes, en tant que « moi-même traître de moi-même ». Le portant à l'intérieur de nous, il est susceptible, selon les situations, d'intervenir à tout moment et à notre propre insu ; notre tâche est d'en devenir conscient.


L'histoire du XVIème siècle et le mythe de Méphistophéles permettent de repérer l'endroit où ce traître intérieur monte ses embuscades : c'est là où émerge un « monde nouveau » qui soudain menacerait de nous priver de notre maîtrise.
Ce n'est pas pour rien que les sociétés traditionnelles, lors des passages initiatiques, font des inscriptions sur le corps-lui-même, scarifications ou mutilations sexuelles. Entre autres significations, elles « marquent » l'initié comme un être pas « entier », pas« lisse », mais, comme tout un chacun, un être divisé. Le chemin vers l'unification passe entre autre par le travail sur « sa » part « méphistophélique », « sa » capacité inconsciente à diviser et à faire du non-sens.