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"Le monde apparait quand l'homme le découvre. Or il ne le découvre qu'au moment où il sacrifie son enveloppement dans la mère originelle, autrement dit l'état inconscient du commencement."

C.G. Jung, Métamorphoses de l'âme et ses symboles, trad. Y. Le Lay, Georg, Genève, 1953, p. 677.

Printemps 2017 : Répondre de l'autre...

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Dominique Desmichelle

L’heure est à la vitesse : courir ou mourir, il faut choisir. « Mesdames, Messieurs les psys, débarrassez-moi de mon symptôme, de mon état d’âme, de ma déprime, de mon burn-out, de mon angoisse… le plus vite possible ». L’heure est à l’efficacité, au rendement, à la performance. Alors, accueillir le Soi relève parfois de l’exploit. Il faudrait presque rendre un bilan… C’est en partie en raison de cela que, parfois avec insistance, l’analysant pose cette question : « qu’en pensez-vous ? »

Que répondre ? Nous avons appris à prendre de la distance. Mais, de cette épreuve d’altérité, souvent incontournable pour l’autre, il faut tenir compte, dans un décentrement qui oblige, une distance qui contraint, une présence qui engage l’analyste. La lecture maintenant ancienne d’un livre de Daniel Sibony (1) a beaucoup compté pour moi voici quelques années et je voudrais tenter de partager ce qui en est resté en moi.

Répondre vient du latin spondere, engager. Répondre, c’est engager un lien. D’abord écouter le non-dit, le non-vécu, les blessures et les impasses de l’autre. Mais aussi l’être. L’être ou l’inconscient.

Ecouter en étant dans l’être, là où l’impensable, l’irreprésentable de la blessure de l’être se tient. Dans une présence d’être qui témoigne silencieusement mais réellement de son être propre d’analyste. Répondre en témoignant que l’autre n’est pas réduit à sa blessure mais qu’il a dans son être (son inconscient) de quoi s’ouvrir à l’être ; répondre donc en étant à cette place vivante où l’autre qui parle se tait en fait sur son être, prisonnier de cette part d’être dont il ne peut entendre l’appel ou qui le retient prisonnier ; répondre en affirmant que le désir de cet autre-en-devenir vaut mieux que celui de ses ombres ou que la tentation d’imiter le désir d’un autre, fusse-t-il un parent.

Ce faisant, l’écoutant (2) ne répond pas à l’autre mais répond de l’autre, de son être-en-devenir. La demande de l’autre m’invite à accueillir cet autre, dans un partage au cœur d’une « répondance » : en écoutant, je me propose comme le garant pour l’autre de la valeur de l’appel, à savoir que ce chemin est promesse d’être. Le symbolique est le vecteur de cette clameur partagée.

Comme écoutant, je ne peux pas répondre à l’autre car je serais alors celui qui fait exister l’autre : l’émergence de l’être-en-l’autre en serait d’autant réduite. Je sais aussi que répondre est cependant parfois incontournable (par exemple en endossant un temps les failles de l’autre) car un silence pourrait n’offrir qu’une inacceptable répétition mortifère ; il me faut parfois incarner symboliquement cet autre en l’autre qui inaugure son être-en-devenir et être temporairement porte-greffe d’être. Mais ce don réel obère l’émergence d’être de l’autre ; celui-ci devra ensuite intérioriser ce don pour rejoindre cette part d’être déjà présente en lui.

Je crois très fort à ce « répondre du désir », du dire possible, du lien à créer. Dans un rendu de la parole à celui qui en avait subi la perte, dans un rendu du lien à celui qui en avait éprouvé la morsure. L’écoutant est, me semble-t-il, le garant activement passif de cet appel. Il écoute seulement l’être dans l’autre. Cela change tout. Un être-toujours-en-chemin se met à l’écoute d’un être-en-devenir. C’est de cette rencontre d’être(s) dont l’écoutant est le garant. Le lien mobilise d’être à être. C’est cette résonnance d’être qui porte le moteur du chemin : à chaque séance et même symboliquement entre elles, quoiqu’il arrive, il y aura ce répondant d’un être-en-chemin sur la route d’un être-en-devenir. Il s’agit d’être le répondant de la valeur de l’être et non le répondant à l’autre, ni même à l’être de l’autre.

Dire cela, c’est poser que l’écoutant ne saurait répondre du contenu, mais seulement d’un processus : celui de la vie qui réclame toujours un plus d’être. L’écoutant en témoigne, de l’intérieur : sans avoir de réponse, il affirme sa foi en l’être, sa foi dans le projet fou d’accompagner une émergence d’être chez l’autre. Il répond de cela jusqu’à ce que l’être-en-l’autre se manifeste et s’ouvre à la conscience. En faisant sens.

(1) Don de soi ou partage de soi ? Daniel Sibony. Odile Jacob, 2000.
(2) L’écoutant représente pour moi l’être de l’analyste, celui qui dépasse la fonction et est relié au Soi en lui.


Hiver 2017 : réflexions

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Liliana Pazienza

« Une situation politique est la manifestation d’un problème psychologique parallèle chez des millions d’individus. Ce problème est en grande partie inconscient (ce qui le rend particulièrement dangereux). » (Lettre de Jung à Dorothy Thompson, 1949) (1)


Par ces temps de mouvements de société qui ne laissent pas de nous inquiéter, des questions se posent ou s’imposent à nous analystes de la psyché à propos de courants psychologiques sous-jacents. En effet, force est de constater que partout dans nos démocraties modernes en Europe comme en Amérique, les attitudes collectives exprimées par les votes et autres manifestations démocratiques, reflètent des tendances privilégiant discorde et division au détriment d’intégration.

Leaders et idéologues prêchent chacun leur vision du monde et peu importe que cela se situe à droite, à gauche ou aux extrêmes, le message se ressemble : il y a deux camps, deux côtés, des gagnants et des perdants, des victimes et des puissants, des dominants et des dominés. Le principe de base est simple : ce que les uns gagnent, est perdu par les autres. Chez ces derniers la souffrance de se sentir empêchés nourrit l’envie et le ressentiment, la colère, la haine de l’autre camp. L’ennemi est cet autre, celui à cause de qui on n’accède pas au bonheur et ainsi, chacun trouvera son bouc émissaire, son coupable à abattre.

La peur de perdre, la peur de ne pas réussir, la peur de ne pas survivre sont des thèmes récurrents dans un monde qui se transforme à grande vitesse. Les réponses à ces peurs tournent forcement autour des notions de protection, repli et défense et nous voilà du côté des recettes prônant des divisions défensives et de l’isolationnisme. Sous le dictat d’un sentiment de menace généralisé, l’accueil de l’autre n’est pas envisageable.

Dissociation, clivage, et impossibilité d’établir une relation à l’autre font partie des mécanismes de défense. Chez Kalsched cela donne un dispositif psychique qui détourne le principe unificateur du Soi vers l’autre priorité, celle de la survie psychique. Ainsi chez ceux dont l’âme est gravement brisée, la violence subie introjectée se projette à l’extérieur sans relâche, ils restent isolés à l’extérieur et divisés à l’intérieur (2). « La psychologie qui met l’ennemi à l’extérieur ne veut pas qu’il y ait la paix, ne veut pas que l’intégration ait lieu. […] L’économie psychique requiert la projection pour se débarrasser du mal. » (3)

Sommes-nous devant ce même phénomène mais à échelle collective ? Cela semble possible. En cliniciens, nous comprenons que la souffrance se transforme en violence intériorisée et extériorisée quand elle n’est ni reconnue ni élaborée. On entend dans les propositions et discours médiatisés une énumération habile des souffrances et ce semblant d’écoute génère une adhésion des souffrants à l’idéologie affichée. Par la suite, nous pouvons dire que s’active l’archétype du Sauveur : ceux qui promettent les solutions s’y identifient, les sauvés y croient (projection). Hélas, la recette reste insuffisante, les sauveurs se contentent de pointer du doigt un coupable (globalisation, technologie, Europe, immigration, etc.) en promettant de le contrer et de lui faire la guerre. Diviser pour mieux régner ?

Vu sous un autre angle, nous pourrions parler d’une époque sous le signe d’un masculin démesuré. Face à un monde impitoyable et en mode quasi unilatéralement « yang », s’érige une résistance de type guerrier : il faut contre-attaquer ce qui est perçu comme attaquant, ériger des murs défenseurs, s’abriter et fermer la porte à clé.

Des confrères jungiens américains nous disent à propos du Guerrier en tant qu’archétype qu’il est redoutable s’il lui manque la sagesse du Bon Roi, l’intériorité du Magicien et la sensibilité de l’Amant. Le patriarcat, le modèle où l’on domine par la force et où l’autorité est souvent une affaire de pouvoir (abus de), découle d’après ces auteurs d’un masculin immature qui n’a pas pu accéder aux versants positifs des quatre archétypes mentionnés. (4)

Une autre façon de parler de masculin immature serait de l’envisager en termes de déficience de féminin. Un féminin qui par le biais du lien à l’intériorité, de sensibilité et de réceptivité viendrait tempérer les élans des sauveurs belliqueux sans pour autant nuire à la capacité créatrice qui vise à transformer un modèle de société devenu non-viable.

Pour résumer, ces visions du monde qui clivent et qui promettent de résoudre les peines et frustrations des uns en prenant aux autres (ou en les excluant), nous interpellent nous jungiens dans la mesure où nous envisageons l’évolution de l’homme et de la civilisation en termes d’unification des parties dissociées et antagonistes. Opposition de contraires certes, mais dans une mise en tension pour arriver à un troisième terme, monter d’un cran en sortant des mouvements oscillatoires où c’est tantôt un camp qui est au pouvoir et l’autre camp exclu et oppressé, tantôt l’inverse.

Il y aurait plus à dire sur la psychologie de nos sociétés divisées et par-trop guerrières, comme l’enjeu de l’ombre dans cette lutte entre deux camps ou celui de l’archétype de la rivalité et jalousie fraternelles (et fratricides). Toutefois, concluons en ouvrant une autre voie de réflexion, celle à laquelle nous invitent les mots que Jung adresse à la journaliste américaine dans la lettre citée ci-dessus :

"Nous réfléchissons tous en termes de bien-être social. Cela est une grande erreur car plus l’on cherche à réduire les formes vulgaires de misère, plus l’on se trouve piégé par des nouvelles […] et incompréhensibles variantes de malheur. Pourquoi pas le bien-être spirituel ? Il n’y a pas un seul état sur la planète qui s’occupe de cela. Or, l’ajustement spirituel est le problème". (5)

Notes

(1)Jung, 1973
(2) Kalsced, 2013
(3) Malone, 2003
(4) Moore & Gillette, 1990

Bibliographie

Jung, C. G. (1973). C. G. Jung, Letters. Vol. I. 1906–1950. (G. A. Jaffé, Ed., & T. b. Hull, Trans.) New York: Routledge.

Kalsched, D. (2013). Trauma and the Soul. New York: Routledge.

Malone, A. (2003). An Interview with Donald Kalsched . Consulté Décembre 2016, à cgjungpage.org: http://www.cgjungpage.org/index2.php?option=com_content&do_pdf=1&id=187

Moore, R., & Gillette, D. (1990). King Warrior Magician Lover, Redescovering the Archetypes of the Mature Masculine. New York: Harper Collins Publishers .


Automne 2016 : « Qui connaît le chemin qui mène aux champs fertiles de l'âme ? »(1)
Une Réflexion sur la Formation.

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Céline Gaulot

L’APPJ est une association qui prend le temps de grandir et se rend compte que en prenant son temps, le temps juste, Kaïros, advient, donnant sens et valeur au projet initial. Oui, il semble qu’il soit possible de créer un groupe où le temps et la parole de chacun sont respectés. C’est la qualité du développement et de la réalisation des projets qui en rendent compte, ainsi que les synchronicités. C'est aussi la manière dont est accueillie la créativité au sein du groupe. Elle advient, est considérée, mise dans le chaudron du groupe et les réalisations, les mises au monde arrivent. A travers le site, et à travers ses membres, l’association communique avec le monde. La première année a permis à ses membres psychanalystes de renforcer leur identité de psychanalystes jungiens, et lorsque cette identité groupale a été considérée comme valide et bonne par ses membres , elle a pu être communiquée au monde par l'intermédiaire du site. En retour, des personnes intéressées par notre fonctionnement et notre philosophie se sont manifestées. Aujourd’hui, la question de la pérennité du corps APPJ à travers le temps est posée. Nous sortons du présent pour entrer dans une histoire, que nous souhaitons construire.

Alors semble advenu le temps de réfléchir à un nouveau niveau d'échanges avec le monde, dans le partage et la transmission, dans la formation. Là encore, la réponse n'est pas donnée d’emblée, elle est à construire pour que sa forme corresponde aux valeurs et à l'identité de l'APPJ.

L'articulation entre soi et l'autre dans un processus d'individuation est prégnante et pose les termes d'un questionnement sous forme apparente de paradoxe. S. Freud disait qu'enseigner faisait partie des métiers impossibles (2), et C.G. Jung ne souhaitait pas la création d'un institut de formation. On peut comprendre son point de vue à travers cet extrait du livre rouge: "...Mon chemin n'est pas votre chemin. Je ne peux donc pas vous instruire. Le chemin est en nous, mais pas dans les dieux, ni dans les doctrines, ni dans les lois. C'est en nous qu'est le chemin, la vérité et la vie. Malheur à ceux qui vivent selon des modèles ! La vie n'est pas avec eux. Si vous vivez selon un modèle, vous vivez la vie d'un modèle, mais qui vivra votre vie sinon vous-mêmes. Donc vivez-vous vous-mêmes.[...]Il n'y a qu'un seul chemin et c'est votre chemin [...] Que chacun suive son propre chemin..." (3) 

Les soubassements de notre réflexion sont toujours ceux de l’individuation et du respect de l’autre dans sa spécificité et son unicité. Devenir analyste ou psychothérapeute jungien qu’est-ce à dire ? Comment concilier l’être soi et l’être psychanalyste ou psychothérapeute, dans une vision de l’être humain érigé (4) ? Les modèles fréquemment rencontrés dans l’enseignement sont ceux d’un nourrissage dans un rapport asymétrique, où l’enseigné supposé ignorant reçoit la bonne nourriture/savoir d’un enseignant supposé sachant. Les résultats PISA (5) montrent combien ce modèle est insuffisant.

Dans le domaine de l'Education, actuellement Ph. Merieu (6) et E. Morin (7) chacun à leur manière, rappellent que se construire et apprendre est une interaction entre le monde et soi même, et est un processus exigeant.

Conjoindre Formation et Psychanalyse suppose de prendre en compte et d'articuler les dimensions d'intériorité, le rapport de soi à soi, du moi à l'inconscient, de soi au Soi et les dimensions apparemment extérieures. Penser cette articulation du collectif et de l’individuel , c’est se confronter aux aménagements incessants entre soi et le monde, la question de la place de soi dans le monde, et du monde en soi, négociation dont D.W.Winnicott (8) dit que c'est une tâche sans fin. L'objectivité semble bien difficile à atteindre, malgré toutes les tentatives en termes d'évaluation par exemple. L'humain semble irréductible à la position d'objet . Alors, peut être pourrions-nous penser l'objectivité comme une confrontation assumée des subjectivités ? En découlerait le postulat qu’apprendre, c’est construire ensemble, et se construire soi-même dans un ensemble. L'idée n'est pas nouvelle, J.Piaget (9) (dans le rapport de l'être humain à ses représentations, plus spécifiquement tourné vers le monde interne cognitif)) et L.Vygostky (10) (dans le rapport de l'être humain avec d'autres, plus tourné vers l'interaction entre monde interne et monde externe) l’ont démontré depuis longtemps, dans le domaine de la psychologie et de la pédagogie. Mais elle semble bien subversive dans une époque où l'individualisme est la valeur dominante.

Dans cette perspective, celui qui enseigne est certes probablement un peu plus avancé sur son chemin d’individuation et très certainement plus expérimenté dans sa pratique professionnelle, alimentée par les savoirs qu’il a rencontrés et qui l’ont fait grandir dans leur confrontation à la réalité. Il peut alors proposer des dispositifs, des savoirs, des expériences à celui qu’il souhaite former, qui s’en saisira ou pas, qui pourra alors construire son propre cheminement.

Notre projet de formation s’inscrit dans cette perspective de responsabilité de l’aspirant analyste ou psychothérapeute, au sein d’un cadre qui serait guide, avec des partenaires, pour aller à la découverte des altérités en soi et en dehors de soi.

Notre modèle sous-jacent pourrait être celui de l’initiation. Nous intégrons alors la dimension transcendante de l'être humain. C.G. Jung mettait en exergue la différence entre religion et spiritualité (11), la première étant une structuration sociale par le biais d'une institution qui peut conduire à la perte de sens de l'expérience individuelle de la spiritualité et de sa dimension transcendante. La perte de sens est un des risques des institutions. Nous devons l'avoir à l'esprit. Si l'on se réfère aux traditions spirituelles, une recherche spirituelle s'inscrit dans une évolution personnelle se faisant à travers une initiation.

La vie en elle-même est initiation. Alors, comment l'APPJ pourrait-elle faire école (12)? Des jalons peuvent être posés dans le cheminement, jalons faits d'imprégnations, d'expériences, de mises au contact avec les forces de la psyché, dans un processus de développement, avec d'autres.

Pour P.Y. Albrecht (13), l'initiation vise à l'alignement des dimensions corporelle et spirituelle à travers l'âme, qui se manifeste par un état de conscience accrue. L'engagement est primordial pour ce type de parcours. Engagement de la personne en formation et de son pédagogue, au sens étymologique du terme, à savoir celui qui accompagne sur le chemin. A l'époque antique en Grèce, on distinguait le pédagogue (paidagoyos), attaché à une famille, à un enfant, du paidanomos, maître commun à tous les enfants. Ainsi si Jung, de par les écrits et la pensée qu'il nous laisse peut être mis en place de paidanomos, nous pouvons être les paidagoyos, prenant en compte l'unicité de chacun et de chaque parcours.

Et nous essaierons de tenir vivante la tension des opposés en gardant en tête les mises en conscience de Jung: « Apprenez les théories aussi bien que vous le pourrez, mais laissez-les de côté dès que vous toucherez les merveilles de l'âme vivante. Ce ne sont pas les théories, mais votre personnalité créatrice qui sera décisive » (14)


(1) Jung, C.G. (2009)Le livre rouge
(2) Freud, S.(1925) Préface à Jeunesse à l’abandon d’Aichhorn
(3) Jung C.G. (2009) Le livre Rouge. Article « la v oie de l'à-venir », ed l'iconoclaste, p,147
(4) Je me réfère ici à un terme fréquemment employé par A. De Souzenelle, métaphorisant l'individuation en référence au développement physiologique. S'ériger pourrait être compris comme incarner pleinement son unicité en connexion avec sa dimension spirituelle.
(5) http://www.contrepoints.org/2016/09/01/264177-pisa-france-traine.
(6) Meirieu, Ph. (2014) Manifeste. Le plaisir d'apprendre. Ed Autrement, par exemple. Voir aussi www.meirieu.com/
(
7) Morin, E. (2014) Enseigner à vivre, manifeste pour changer l'éducation. Actes sud
(8) Winnicott, D.W. (1983) De la pédiatrie à la psychanalyse, Petite Biblitohèque Payot,
(1999) Jeu et Réalité, Gallimard.
(9) Piaget, J. (1966) La psychologie de l'enfant . Denoël
(10) Vygotsky, L. (1997) Pensée et langage. La dispute
(11) Jung, C.G. (1958) Psychologie et religion, Buchet Chastel
(12) Au sens de ce qui est propre à former, à donner de l'expérience en quelque chose, à instruire (source : https://fr.wiktionary.org/wiki/%C3%A9cole)
(
13) Albrecht, P.Y., De Souzenelle, A. (2012) L'initiation, ouvrir les portes de notre cité intérieure. Ed. Le Relié
(14) Jung, C.G. (1963) L'homme à la découverte de son âme. Albin Michel

Eté 2016 : Accueillir l'Individuel et le Collectif dans une dynamique singulière et bienveillante

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Séverine Lebeau
Pascale Mauchant-Renoult


Qu' allons nous faire de notre histoire ?

2015 et 2016 ont été des années de troubles, placées sous le signe de la violence, la
peur et l’insécurité. Comment penser ce qui est parfois à la limite du pensable ? Qu' allons nous faire de ces vécus de destruction, où la haine est présente de toutes parts dans le monde ?

La dynamique archétypique de l’ombre, qui est à l'oeuvre dans ces actes de violence primordiale, affecte à la fois le collectif, le familial et l'individuel.

Les derniers attentats nous ont profondément ébranlés ; entendre chacun exprimer comment il est intimement touché et fragilisé par ces événements est troublant.
Il n’est pas rare que les mémoires familiales et personnelles des vécus de guerres passées resurgissent dans les paroles comme dans les rêves.

En effet, idéaux, convictions et équilibres se voient remis en cause tant au niveau collectif qu’au niveau individuel, provoquant des affects de peur et possiblement de rejet. La vie et l'existence de l'Autre dans sa différence sont ainsi attaquées.
La confrontation avec l'ombre collective et individuelle s’avère massive et alarmante.

Nous espérons que la traversée de ces périodes de crises tant identitaires que morales puisse aboutir à une transformation intérieure profonde, qui ne se fera pas sans difficulté et sans la participation de chacun. Une profonde humilité ainsi qu' une attention portée à Soi comme à l' Autre nous apparaissent essentielles.

Qu' en est-il de « l'être ensemble » aujourd’hui ?

Il fut une époque où l' individu n'existait que dans un groupe : la famille, le village, la patrie. La politique, les nombreuses évolutions et découvertes - économiques, technologiques scientifiques et psychologiques - ont soutenu un désir de différenciation et donc d' individualisation.

Aujourd’hui, il est question de tenter de tenir ensemble les opposés : l’être et le faire ensemble, tout en soutenant chacun dans son processus d' Individuation.

Le film réalisé par Cyril Dion - « Demain » - est sorti sur les écrans, il y a quelques mois. Ce documentaire considère les problématiques de nos sociétés et montre que par l'action de chacun des changements peuvent advenir tant à l’échelle individuelle que collective. On y voit comment des hommes ont cherché à prendre appui sur les ressources existant naturellement sur notre planète. Le bon sens, un esprit inventif et la solidarité permettent le déploiement de réponses utiles et efficaces dans les domaines de l'environnement et du social.

A l'APPJ , nous sommes psychanalystes et psychothérapeutes jungiens. Le désir de partage de l’esprit jungien nous réunit. Nous avons tous fait une analyse ou une thérapie jungienne et notre socle de valeurs communes rassemble les concepts suivants :

L'inconscient est premier et surordonné au moi.
C'est un processus autonome et naturel.
La croissance de la personnalité se réalise à partir de l'inconscient. L'individuation est ce processus, décrit par Jung, qui lance ou relance une synergie de transformation dans la psyché humaine et ce, en appui sur la visée téléologique de la vie.

Dans le film « Demain », la créativité est à l'oeuvre dans tous les témoignages présentés.
Ainsi en est-il de la permaculture pratiquée par les Hervé-Gruyer en Normandie, qui multiplient le rendement de leur exploitation agricole par dix grâce à la biodiversité permettant à la nature de se régénérer.

Nous découvrons également un système de monnaie complémentaire en Suisse et en Angleterre. Ces systèmes bancaires reposent sur la circulation d'une monnaie qui ne peut être que réinvestie dans l'économie locale. Ainsi l'énergie investie est remobilisée pour des projets concernant les partenaires vivant dans un secteur géographique proche.

Le documentaire « Demain » illustre comment l'action de personnes attentives au monde, respectueuses des autres et animées par un souci de créativité, permet la réalisation et la conduite de projets transcendants.

A l'APPJ, nous avons voulu que notre fonctionnement groupal se vive dans le respect de chacun, dans l'écoute de nos différences et donc grâce à nos richesses mises en commun.
La sociocratie, la communication non violente et la méthode du consensus constituent nos outils de communication.
L’horizontalité, choisie, permet de faire circuler nos énergies dans une dynamique circulaire. et obère, limite ainsi (suffisamment, nous le souhaitons) l'émergence toujours possible d'egos en recherche de pouvoir.

Nous participons tous à des ateliers cliniques réunissant cinq à six personnes. Nous y travaillons autour de notre clinique cinq à six fois par an, dans un souci vigilant de respect, d'écoute bienveillante et de convivialité.

Nous nous réunissons également en séminaire trois fois par an. Le nombre d'une vingtaine de personnes maximum est retenu pour chaque séminaire. De fait, Il s'agit d'être attentif et vigilant quant à la qualité de notre partage ainsi qu'au soutien de notre créativité.

En tant que psychanalystes et psychothérapeutes, notre terreau est la materia prima, l'inconscient.

Le rêve suivant illustre la prospective dans laquelle nous désirons nous engager : Le rêveur accompagne, de nuit, une personne qui descend une colline pour se rendre à une petite ville située en contrebas. Les lumières émanant de cette cité se constellent selon une certaine topographie. En arrivant dans les rues, le rêveur et la personne qu'il accompagne découvrent que, sur chaque rebord de fenêtre, la même topographie lumineuse est reproduite de manière similaire à celle de la ville dans sa globalité.

A l'APPJ, nous souhaitons être des artisans attentifs et humbles, inscrivant dans une vigilance bienveillante tout à la fois la poursuite de nos cheminements psychiques personnels, notre pratique clinique au sein des relations transférentielles vécues avec nos analysants et notre travail associatif groupal.

Les lumières de la ville du rêve témoignent de cette superposition indispensable à animer, entre l'individuel et le collectif. Nous faisons le choix d'accueillir la diversité, la différence, d'entendre ce qui fait conflit, comme le signe d’ une différenciation possible. Nous croyons profondément qu' un consensus peut se trouver dans le respect et la prise en compte de chacun et non dans le sacrifice de l'un pour l’autre, car chacun détient une part de vérité.

Il s'agit, selon nous, d'accueillir dans une dynamique singulière et bienveillante à la fois l'Individuel et le Collectif. Nous souhaitons inscrire les manifestations de l'ombre et ses projections dans une dynamique active d'acceptation, de confrontation et d' intégration. Il revient à chacun de croire et d'agir pour que le Sens l'emporte sur le Non Sens.


Deux citations illustrent, selon nous, cette perspective :

"Ce qui est sans ambigüité et sans contradiction ne saisit qu'un côté des choses et par conséquent est incapable d'exprimer l'insaisissable et l'indicible.
" C.G. Jung, Psychologie et alchimie, trad. H. Pernet et R. Cahen, Paris, Buchet/Chastel, 1970, p. 22.

« Nous sommes nés pour regarder et écouter ce monde, alors même sans réussir dans la vie, nous pouvons trouver un sens a notre existence ».
Durian Sukegawa. Les Délices de Tokyo

Printemps 2016 :Un fonctionnement institutionnel qui soutient la créativité des membres de l'APPJ

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Pascale Gérard
Marie-Christine Simon


Carl Gustav Jung a mis en évidence un phénomène psychique qu’il a appelé « processus d’individuation » : la psyché humaine, en tant que réalité dynamique, s’inscrit naturellement dans un mouvement de réalisation. La dimension thérapeutique de la psychologie analytique, communément nommée psychanalyse jungienne, ou psychothérapie jungienne, vise la relance de ce processus d’individuation, notamment quand il a pris un tour pathologique.

L’éthique de la pratique jungienne cherche, en respectant la singularité du patient comme celle de la relation thérapeutique, analytique, à créer, dans l’interaction des conscients et inconscients de l’analyste et du patient, les meilleures conditions pour que le patient vive une dynamique psychique satisfaisante, une réalisation plus complète de ce qu’il est. C’est un processus créatif qui est à l’œuvre, pour peu que la conscience le laisse vivre et l’accompagne.

Nous estimons à l’APPJ que la créativité de l’analyste se déploie d’autant mieux que celui-ci poursuit, dans une écoute et un effort conscients, son chemin d’individuation. 
Nous pensons aussi que la créativité et le processus d’individuation de l’analyste sont favorisés, ou non, par le fonctionnement de l’association professionnelle à laquelle il appartient.

Otto Kernberg a montré, dans un article (1) dont la valeur est largement reconnue par la communauté psychanalytique, que certains fonctionnements organisationnels empêchent la créativité de l’analyste en formation. Nous sommes convaincues que cela vaut pour tous les analystes, qu’ils soient en formation initiale ou continue. 


Ainsi une organisation institutionnelle pyramidale, une hiérarchisation importante des fonctions, la séparation stricte entre les différentes catégories de membres, sont autant de facteurs qui entravent la créativité de l’analyste et finissent inévitablement par contaminer le processus thérapeutique, analytique, avec ses patients.

Conscients de ces risques et désireux d’une dynamique institutionnelle la plus saine possible, nous avons opté, à l’APPJ, pour un fonctionnement que nous pensons à même de soutenir et favoriser la créativité de l’analyste, ou à tout le moins de ne pas l’inhiber.

L’APPJ s’est ainsi dotée d’outils de travail institutionnel et clinique spécifiques, propres à accompagner l’esprit dans lequel nous souhaitons évoluer, caractérisé par l’horizontalité, la bienveillance, la reconnaissance et le respect de chacun dans ses différences.

Nous avons collectivement choisi des méthodes d’organisation et de fonctionnement qui nécessitent un consentement à tout le travail nécessaire pour les connaître et les appliquer, ainsi qu'une appropriation consciente. De fait, le fonctionnement institutionnel de l’APPJ engage ses membres à un travail individuel préalable et permanent en ce qui concerne son processus d’individuation, en particulier dans sa dimension de confrontation avec l’ombre.

Communication non violente, méthode du consensus, méthode du travail en « ateliers cliniques », règles de fonctionnement de type sociocratique incluant les cercles de travail, tant en atelier clinique qu’en assemblée générale ou en séminaires, constituent les outils que nous nous sommes donnés pour oeuvrer ensemble.

Nous sommes conscientes que nos méthodes de travail ont comme limite le désir sincère de chaque membre de les faire siennes et les mettre en oeuvre.


(1) O. Kernberg Trente méthodes pour détruire la créativité des analystes en formation. Revue Française de Psychanalyse Après l’analyse. 4/1997. Tome LXI.

Hiver 2016 : Premier éditorial

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Brigitte Allain Dupré

 

Cette fin d’année 2015 restera dans les mémoires comme ce moment qui a vu la haine fratricide frapper au cœur de nos villes, de nos vies.

Détruire l’autre à cause d’un dieu qui préfèrerait ses fils morts plutôt que vivants.
Détruire l’autre, parce que Caïn n’a pas pu élaborer la haine envieuse qu’il éprouvait pour Abel.

Ce moment collectif partagé porte en lui la nécessité de s’arrêter de gesticuler pour faire silence et penser. Penser notre vivre ensemble dans la cité, et son corollaire, le droit de chacun à une parole authentique qui fonde notre société humaine ; mais aussi le droit de chacun de rencontrer quelqu’un capable de l’entendre.

Malgré la tristesse qui nous habite, c’est pourtant le moment qu’a choisi l'APPJ, notre Association de Psychanalystes et Psychothérapeutes Jungiens, pour faire part de sa naissance et ainsi annoncer son existence au moment de l’ouverture de son site.

- Une nouvelle association de psychanalystes et de psychothérapeutes alors que la pratique psychanalytique est supposée décliner et mourir à petit feu?
- Eh bien oui !

C’est le défi que lance l’APPJ à ses membres, nous-mêmes, comme à ceux et celles, psychanalystes et psychothérapeutes, qui cherchent dans le champ jungien à rejoindre un espace qui accueille la différence des pratiques, des modalités de travail, dans lesquelles s’écoute et s’entend la parole des patients, ajustée à la culture de notre temps.

Un espace ouvert et balisé par une réflexion constante sur une éthique vivante, toujours questionnée, jamais épuisée.
En fondant l’APPJ nous avons désiré mettre en place une pratique du dialogue et de l’explication ; expliquer, étymologiquement, sortir des plis de l’inconscience ou de l’ignorance, relancer les ressorts de la confrontation dynamique du penser/créer, ensemble, dans l’institution et dans son rayonnement extérieur. Les bases de l’APPJ sont actives et vivantes : depuis juillet 2014, ses membres se réunissent plusieurs fois par an au sein des « Ateliers Cliniques » dont le mode de fonctionnement fait chaque fois un peu mieux la preuve de sa richesse dans l’approfondissement théorico clinique comme dans l’expérience d’une collégialité qui engage.

Désormais, plusieurs groupes existent et fonctionnent régulièrement à Paris et dans les régions. Depuis plus d’un an, les séminaires pluriannuels et l’université d’été nous ont permis de tester grandeur nature l’inscription de notre désir dans la réalité.

Nous souhaitons que les procédures de fonctionnement statutaire que nous mettons en place restent légères, adaptables et révisables ; que les professionnels que nous sommes y trouvent un réel appui en termes de formation permanente, de soutien déontologique et d’expérience de la mutualité.

Ces procédures visent à la mise en œuvre d’une vie de groupe qui soutienne l’exercice solitaire du travail clinique avec l’inconscient : admission, réflexion clinique, recherche approfondie, engagement éthique et déontologique, formation. Nous entendons en effet, donner autant de valeur et donc d’attention à la vie de l’association qu’à l’analyse clinique et théorique de ce qui se passe dans l’intimité de nos cabinets.

L’APPJ souhaite être une association de professionnels mettant au cœur de son identité et de sa pratique la question exigeante proposée par Jung : celle de l’individuation.

Il s’agit de se confronter à la question du savoir, du pouvoir en les réévaluant au profit d’une attitude d’accueil à l’inattendu, donc à l’authentique et surprenante créativité de l’inconscient.

L’énergie et l’enthousiasme, mais aussi le sentiment de responsabilité active qui animent nos rencontres fondatrices sont à partager avec ceux qui sont portés par le désir de nous rejoindre pour amplifier et diffuser une pensée jungienne et une pratique fondées sur le respect de l’humain.